Berne (ats) Des scientifiques ont défendu jeudi l'importance en Suisse du génie génétique portant sur les végétaux. Ils ont mis en garde contre un moratoire de cinq ans sur les OGM dans l'agriculture. Le Conseil national doit examiner la question dans deux semaines.
Ce moratoire serait un bel autogoal, a déclaré Beda Stadler, directeur de l'Institut d'immunologie de Berne. Il s'exprimait lors d'une conférence de presse organisée par l'Association "Recherche pour la vie". Cette organisation fondée en 1990 à Zurich vise à expliquer au public la nécessité de la recherche génétique.
L'initiative populaire "pour des aliments produits sans manipulations génétiques" sera discutée le 14 juin à la Chambre du peuple. Ce texte refusé dans un premier temps par le Conseil des Etats et le gouvernement avait ensuite étonnemment reçu l'approbation de la commision de la science.
L'initiative veut interdire pendant cinq ans l'importation et la mise en circulation de plantes, de parties de plantes et de semences génétiquement modifiées susceptibles de se reproduire et destinées à l'agriculture et l'horticulture. Elle a été déposée en automne 2003 par une vingtaine d'organisations paysannes, de consommateurs, de protection des animaux et de l'environnement.
Frein à la recherche
Ce moratoire ne touche pas directement la recherche, admettent les chercheurs. Selon eux, le moratoire pourrait freiner les efforts de la Confédération et refroidir la politique d'investissements du secteur privé. Il donnera un signal très négatif en regard de la place scientifique suisse.
En outre, le moratoire mettrait certainement un frein à la recherche fondamentale en Suisse, qui est à la pointe au niveau mondial, a indiqué Wilhelm Gruissem, biologiste moléculaire, spécialiste en botanique et professeur à l'Institut de sciences végétales de l'EPFZ.
Pesticides et fongicides
Les scientifiques présents jeudi au jardin botanique à Berne ont tous présenté les bienfaits du génie génétique vert et expliqué ses applications concrètes. Selon ces chercheurs, les cultures génétiquement modifiées seraient de meilleure qualité. Le riz enrichi en provitamine A en est un exemple.
Selon Jean-Pierre Mettraux, professeur à l'Institut de biologie végétale de l'université de Fribourg, les agriculteurs pourraient diminuer l'utilisation de pesticides et de fongicides qui sont actuellement légion. Ce chercheur a d'ailleurs effectué une expérience aux résutats prometteurs sur des patates en France.
Intérrogé sur les risques liés aux OGM, M. Mettraux ne nie pas qu'ils existent, mais il faut les évaluer au lieu de les diaboliser. Il s'étonne qu'à l'opposé les risques liés aux pesticides soient trop souvent minimisés.
Du poison
Beda Stadler, directeur de l'Institut d'immunologie de Berne, s'est insurgé contre les préjugés qui selon lui faussent le débat sur les OGM. Il n'a jamais été prouvé scientifiquement que les OGM seraient néfastes pour la santé, a souligné M. Stadler.
Comparer les OGM a du poison, comme c'est souvent le cas dans la presse, est une absurdité, selon M. Stadler. Il cite en exemple le président zambien qui "préfère laisser son peuple mourir de faim plutôt que de l'empoisonner". En effet, dans des denrées envoyées à la Zambie par les Etats-Unis se trouvait un peu de maïs génétiquement modifié.
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dernière changement: 2005-11-15 00:00:00