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Berne (ats) Le Conseil national est favorable à la levée de l'interdiction du diagnostic préimplantatoire. Il a adopté jeudi par 92 voix contre 63 et 7 abstentions une motion demandant au Conseil fédéral de légiférer en ce sens en prévoyant des conditions strictes.

Les votes ne se sont pas faits selon le schéma gauche-droite. Question délicate se référant davantage à l'éthique, à la morale et aux croyances religieuses qu'aux positions partisanes, les pour et les contre ont traversé les partis.

Le PRD, une minorité du PS et des Verts, une majorité de l'UDC et le groupe "à gauche toute" ont soutenu la motion, qui avait l'assentiment du Conseil fédéral et de la commission fédérale d'éthique. Le Conseil des Etats devra encore se prononcer.

Incohérence

Felix Gutzwiller (PRD/ZH) a relancé le débat avec une initiative parlementaire, qui est à l'origine de la motion. Pour lui, il est incohérent d'interdire l'analyse d'un embryon conçu in vitro avant son implantation dans l'utérus, comme inscrit dans la loi sur la procréation artificielle depuis 2001, mais d'autoriser le diagnostic prénatal en cours de grossesse sur le foetus.

Renoncer à une implantation est tout de même moins grave qu'un avortement, ont souligné les partisans. De plus, la loi autorise aussi le diagnostic préimplantatoire sur un ovule non fécondé, mais qui ne permet que d'analyser le patrimoine génétique de la mère.

Pas d'eugénisme

Une réglementation sur le diagnostic préimplantatoire permettrait d'éviter que des couples suisses aillent à l'étranger. Cette analyse est autorisée dans onze pays européens, comme la Belgique, l'Espagne, la France et la Grande-Bretagne, mais aussi aux Etats-Unis, au Canada et en Australie. Elle est en revanche interdite en Italie et en Allemagne, a indiqué Johannes Randegger (PRD/BS), au nom de la commission préparatoire.

Le diagnostic préimplantatoire ne devrait être autorisé que sous des conditions très strictes, en le limitant à l'analyse des maladies héréditaires graves. Pas question de permettre de choisir le sexe de l'enfant ou de procéder à un autre tri eugénique. Une telle sélection est déjà interdite par la constitution et par la loi, a souligné Maria Roth-Bernasconi (PS/GE).

Bébés sur mesure

Il n'existe pas de droit à un enfant en bonne santé, ont rétorqué les opposants. La liste des tests génétiques qui s'enrichit sans cesse éveille des attentes chez les parents, mais aussi chez les assureurs, a invoqué Brigitte Häberli-Koller (PDC/TG).

Ces tests sont le signe d'une folie de toute-puissance et de l'idée de sélection qui peut aboutir au bébé "à la carte" ou au "bébé-médicaments" pouvant servir de donneur à son frère ou à sa soeur malade. Le diagnostic préimplantatoire risque d'être une porte ouverte aux réflexions eugéniques et à la discrimination des personnes handicapées, s'est inquiété Alexander J. Baumann (UDC/TG).

Pas un laboratoire, des souffrances

Dans un laboratoire, il est plus facile de faire le diagnostic, mais aussi plus facile de procéder à une sélection entre ce qui serait digne de vie et ce qui ne le serait pas, a argumenté Hans Widmer (PS/LU). On assiste là à l'instrumentalisation de la vie en devenir et, dans la pratique, il sera difficile d'empêcher les abus, a relevé Chiara Simoneschi (PDC/TI).

Faux, il ne s'agit pas d'une simple interaction technique avec un chercheur eugéniste, mais de personnes confrontées à de grandes souffrances et à des maladies très graves comme la mucoviscidose, a contré Marianne Huguenin (POP/VD). Pour en arriver là, il y a un long chemin de souffrances, d'expériences douloureuses et de réflexions.

Ce n'est pas la première fois que le Conseil national se prononce sur la question. Mais il avait jusqu'à présent toujours penché pour l'interdiction de cette technique. Aussi bien dans la loi sur la procréation assistée en vigueur depuis 2001 qu'en rejetant une initiative parlementaire en mars 2002.

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