OGM et avenir des énergies vertes: révisons nos dogmes!

Le Temps, 09.03.2003

L'invité Le renouvellement des ressources énergétiques est une préoccupation d'une grande actualité. Ce renouvellement implique des décisions politiques relatives au long terme mais aussi des investissements judicieux qui doivent être envisagés avec une certaine urgence.

Le Temps a donné récemment la parole aux représentants des organisations responsables de ressources comme le nucléaire, la géothermie, l'hydroélectrique, etc., ressources dont le rôle sera non négligeable dans le futur en tant que substitut des énergies fossiles. Le point de vue américain au sujet de cette substitution a fait récemment l'objet d'une médiatisation importante à la suite du discours annuel du président Bush devant le Congrès. Un discours dans lequel on retrouvait toutes les bonnes raisons d'envisager une solution rapide à la dépendance pétrolière. L'administration américaine proposait à cette occasion le développement rapide des biocarburants produits à partir de biomasse pour remplacer les produits pétroliers. C'est-à-dire une substitution des produits pétroliers par soit l'éthanol, pour les moteurs de type moteur à essence, et le biodiesel pour les moteurs de type diesel. Cette solution possède l'avantage de ne pas nécessiter de grands changements d'infrastructure et de matériel technique, elle est donc très adaptée pour une étape de transition, avant, par exemple, le développement possible des moteurs à hydrogène. Ces sources d'énergie végétale sont en outre faiblement polluantes (même en considérant le CO2, puisque les plantes peuvent le fixer) et largement renouvelables puisqu'elles utilisent l'énergie solaire par le biais de la photosynthèse végétale.

Mais on peut se demander si la production d'éthanol à partir de biomasse est rentable. D'après les nouvelles recherches poussées qui ont été publiées récemment dans le journal Science, le rendement énergétique semble être assez positif pour la production d'éthanol. Des pays comme le Brésil utilisent déjà l'éthanol comme combustible. Chez nous, la betterave sucrière est une source possible de sucre pour la fermentation et la production d'éthanol, même si les rendements sont bien inférieurs à ceux de la canne à sucre. Sous nos climats, à moins d'adapter une canne à sucre par transfert de gènes adaptatifs ou d'opérer des transformations génétiques de la betterave, il semble plus rentable au départ d'utiliser des huiles d'origine végétale, autrement dit du biodiesel.

figure biodiesel

Parmi les sources de biodiesel, le tournesol et le colza sont les plus rationnelles pour l'Europe. La plus intéressante de ces plantes est le colza. La culture du colza est de nos jours en pleine expansion, notamment en France où, suite aux encouragements du gouvernement, les surfaces de colza vont être doublées d'ici à 2007. Il faut rappeler qu'un litre d'huile de colza contient le même potentiel énergétique qu'un litre d'essence diesel! Le diesel fossile est en fait lui aussi issu d'une synthèse végétale (il s'agit de plancton fossilisé sous forme de pétrole). En France et dans le monde, plusieurs lignes de bus fonctionnent déjà aux huiles de colza, par exemple la ville de Montréal et Monaco. Une compagnie visionnaire produit du biodiesel en Suisse où ce combustible est vendu en mélange (5%) avec du diesel fossile; le biodiesel de colza pur est encore légèrement plus cher que l'huile diesel non taxée (environ 1 fr. 30 le litre d'huile de colza). Pour utiliser cette huile de colza, il n'est pas nécessaire de procéder à des changements mécaniques des moteurs, puisque les moteurs diesel classiques peuvent utiliser le biodiesel directement ou en mélange. L'utilisation de filtres à microparticules va non seulement résoudre les problèmes de pollution causés par le diesel de pétrole mais aussi réduire les critiques concernant les fumées peu polluantes produites par la combustion du biodiesel.

Génétiquement le colza est une plante extraordinaire. Comme le maïs, les Aztèques l'auraient sûrement divinisée. Le colza est en effet un hybride stabilisé issu du croisement de deux, voire trois espèces de brassica (plantes de la famille du chou) dont le nombre de chromosomes est différent! Pour se représenter la chose, on peut imaginer la stabilisation d'hybrides animaux comme le tigron ou le bardot. Cette origine particulière implique des désagréments multiples pour l'amélioration des qualités de cette plante. En effet, il n'y a pas de colza sauvage, donc pas de variations naturelles pouvant servir de banque génétique. Et les croisements du colza avec des plantes sauvages sont extrêmement rares et infertiles.

Par chance, la plante modèle des généticiens, l'Arabidopsis (arabette des champs), dont le génome a été complètement séquence et d'ont la génétique est la plus étudiée, se trouve être génétiquement très proche du colza. L'arabette possède de nombreuses variétés naturelles adaptées à différentes conditions climatiques. Il est et sera donc possible de sélectionner des gènes impliqués dans une résistance chez Arabidopsis (par exemple résistance à une maladie ou à la sécheresse) pour les transférer chez le colza. Ce genre de travaux est d'ailleurs déjà en cours, et des colzas non alimentaires transgéniques issus de cette recherche sont en voie de commercialisation. Un usage des techniques de transgénèse semble donc incontournable pour le développement des énergies vertes.

Pour conclure, on peut prédire, comme certains investisseurs, un excellent futur aux biocarburants. Les décisions politiques concernant le développement de cette énergie sont dès aujourd'hui cruciales, d'abord parce que la recherche nécessite du temps, mais aussi parce que le temps presse: le remplacement du pétrole devient à l'évidence une question de plus en plus brûlante, non seulement pour le quotidien du Moyen-Orient mais aussi pour l'indépendance économique occidentale. Dans cet ordre d'idées, une amélioration rapide de la compréhension des méthodes de transgénèse par les citoyens suisses est absolument nécessaire.

Thierry Genoud

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