Les scientifiques s'inquiètent vivement de l'attitude hostile à la science de certaines associations paysannes, ainsi que de certaines organisations de coopération au développement et de protection de l'environnement.

Berne, 17er mars 2006

Zurich, le 17 mars 2006. Cette récente campagne, visant à alarmer le public, irrite et inquiète de nombreux scientifiques des écoles polytechniques et des universités; elle est menée contre les biotechnologies végétales par certains milieux paysans et par certaines organisations de coopération au développement et de protection de l'environnement. Au centre du débat : la technologie "Terminator", qui permet la production de plantes stériles. Il s'agit en fait d'une méthode susceptible d'offrir une solution intéressante au problème essentiel de la biosécurité.

A l'aide de cette technologie "Terminator" (si malencontreusement nommée), on envisage d'empêcher la germination spontanée des graines. Ainsi on pourrait disposer d'un système de biosécurité efficace, qui préviendrait la dissémination intempestive de plantes génétiquement modifiées, soit par des graines égarées soit par croisement (hybridation). Un des arguments centraux contre l'utilisation des techniques génétiques vertes serait ainsi affaiblit. La technologie "Terminator" (TT) pourrait rendre possible la coexistence des OGM avec les autres systèmes conventionnels de cultures et offrir la liberté de choix que réclame le public aussi bien aux paysans qu'aux consommateurs.

Cette technologie n'a pourtant jusqu'ici pas encore pu être explorée. Dès le départ, une polémique basée sur de faux arguments économiques s'est engagée contre cette chance d'assurer la biosécurité. La possibilité pour le paysan de choisir la semence appropriée va de pair avec la liberté de gestion de l'entreprise. Dans un marché libre, personne n'est obligé d'utiliser le génie génétique, ni même la TT, si cela n'apporte aucun avantage à son utilisateur. Cette polémique publique a cependant empêché la recherche de s'engager efficacement dans ce domaine. En conséquence, cette recherche n'est encore pas du tout développée. Il n'existe jusqu'à présent aucun système fonctionnel qui pourrait être testé en champ.

Nous sommes de l'avis que toutes les méthodes devraient être explorées pas à pas et que leurs utilisations potentielles devraient être expérimentées, avant que l'on puisse raisonnablement se prononcer pour interdire celles qui présentent un risque éventuel de mauvais usage. Dans le monde entier, les procédures d'homologation des plantes transgéniques sont si lentes et si approfondies qu'elles assurent suffisamment de possibilités d'intervenir pour refuser une autorisation en cas de doute. Point n'est besoin d'y ajouter des interdictions globales a priori.

L'argument consistant à présenter la méthode TT comme une nouvelle façon immorale d'assujettir les paysans ne tient pas. Dans l'agriculture des pays industrialisés, il existe depuis longtemps des systèmes de cultures dans lesquels il n'est pas possible de semer les graines récoltées, cela n'a pourtant pas conduit à la dépendance ou à l'appauvrissement des paysans. C'est le cas des maïs hybrides qui perdent rapidement leur rendement avantageux quand ils sont ressemés. C'est ailleurs qu'il faut chercher les problèmes actuels de l'agriculture.

En tant que petit pays, sans ressources naturelles, la Suisse vit de ses facultés d'innovation, c'est-à-dire du développement et de l'expérimentation de nouvelles technologies. La Suisse jouit de la considération internationale dans le domaine de la biologie végétale. Le nouveau Programme national de recherche 59 (Utilisation et risques des plantes génétiquement modifiées) doit apporter sa contribution à cette renommée. Les arguments creux et sans valeur scientifique des ONG, relayés le cas échéant par des délégations gouvernementales, ne contribuent en rien à la réputation de la Suisse.

De leur côté, quelques pays qui abordent les nouvelles technologies rationnellement, tels que le Canada, l'Australie, la Nouvelle Zélande et l'Angleterre, se sont déjà prononcés contre une interdiction de la technologie dite "Terminator" et penchent pour des décisions prises au cas par cas. De toute façon, dans la loi suisse, il est prévu de procéder ainsi pour accorder l'autorisation de mise en culture des plantes génétiquement modifiées.

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