Recherche américaine
Eclairage
Par Louise Daly, afp
Chicago (ats/afp) L'annonce il y a quelques jours de la création dans un laboratoire d'un virus de synthèse de la polio, saluée par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), inquiète certains experts. Car un précédent ainsi créé qui pourrait être utilisé par des terroristes.
Selon le journal "Science", les chercheurs ont utilisé un code génétique commandé par correspondance dans un laboratoire américain de l'Iowa pour fabriquer un virus de synthèse de la poliomyélite. L'OMS avait estimé que cette création était une étape importante de la recherche pour lutter contre les épidémies.
Outre la crainte, exacerbée depuis les attentats du 11 septembre, que des terroristes puissent mettret au point des armes biologiques, l'établissement d'un tel précédent semble toutefois préoccuper au plus haut point les spécialistes.
"Tout le monde savait que (l'expérience) était théoriquement possible", relève Robert Lamb, un professeur de biologie moléculaire de l'Université Northwestern de Chicago. Mais le pas n'avait pas été franchi.
Pareil pour la fièvre Ebola
Désormais, vu l'équipement demandé, l'expertise et le temps nécessaires pour la création d'un virus de synthèse, deux étudiants universitaires d'un niveau supérieur pourrait parvenir au même résultat, ajoute Robert Lamb, qui est également président de l'American society of Virology.
De la même façon que pour la polio, des scientifiques pourraient synthétiser la fièvre Ebola, meurtrière en Afrique, ou l'encéphalite, un virus qui peut être très menaçant pour le bétail.
La variole, une maladie éradiquée en 1979, pose un problème différent. Depuis la fin 2001, des spéculations ont été faites sur la capacité de terroristes à utiliser ce virus. Mais synthétiser ce virus apparaît autrement plus complexe que pour la polio en raison de son organisation génétique, selon des experts.
Sceptmicisme et conviction
La variole comprend 190 000 nucléotides alors que la poliomyélite n'en a que 7500. Robert Lamb est à cet égard sceptique sur la menace, en raison de la difficulté à recréer un tel virus.
Eckard Wimmer, spécialiste des virus à Université de l'Etat de New York et patron de l'équipe qui a synthétisé le virus de la poliomyélite, est beaucoup moins catégorique.
"Il est beaucoup plus difficile de faire actuellement" la synthèse de la variole, "mais avec les progrès en sciences et technologies, il sera possible en dix à quinze ans" d'arriver au même résultat avec ce virus, estime-t-il.
Les chercheurs de New York ont bénéficié pour leur recherche d'un soutien financier du Pentagone de 300 000 dollars. Ils se défendent d'avoir "fait sortir le génie de sa bouteille" et soulignent qu'ils ont travaillé avec une volonté de servir le public.
"Danger inhérent à la bio-chimie"
"Ce travail est très important pour mettre en alerte la société", estime Eckard Wimmer. Le risque que des terroristes en tirent profit "est un danger inhérent à la biochimie et à la recherche scientifique. La société doit y faire face. Il ne disparaîtra pas si nous fermons les yeux".
Darpa, l'agence de projets de recherche du Pentagone qui a financé l'étude, a souligné de son côté que la "compréhension de la production virale d'ADN était très importante pour identifier de nouveaux moyens de destruction des virus, leur évolution et la façon pour eux d'échapper à un vaccin".
Edward Hammond, directeur d'une association chargée de surveiller que les Etats-Unis se conforment bien à la Convention internationale sur les armes toxiques et biologiques, n'est pas de cet avis.
Il regrette que les Etats-Unis aient été les pionniers dans la création d'un virus de synthèse. "Le programme de biodéfense des Etats-Unis crée des techniques radicalement nouvelles en matière d'armes biologiques et leur fait de la publicité", regrette-t-il. M. Hammond appelle à renforcer le cadre légal international dans le domaine des expérimentations.
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dernière changement: 2004-09-17 09:35:44