Vendredi 27 septembre 2002, 13.30 à 17.00 heures
Restaurant «zum Äusseren Stand», Salle «Empire», Zeughausgasse 17, Berne
1. Biotechnologie et coopération au développement: l'engagement de la DDC
Paul Egger, DDC (Direction du développement et de la coopération), Berne
Le présent exposé a pour but de répondre à quelques questions fréquemment posées et de présenter quelques éléments d'une position de la DDC. Il ne s'adresse pas aux experts des domaines concernés, mais aux personnes qui sont intéressées du point de vue politique à connaître la position de la coopération au développement.
Le génie génétique apporte aux pays en développement de nouvelles chances et de nouveaux risques. La DDC adopte sur cette thématique une position différenciée. Ses principes sont d'évaluer les avantages et les inconvénients dans une perspective d'ensemble, d'exploiter les chances et de minimiser les risques.
Informations et constats
1. Qui décide de l'accès des pays en développement au génie génétique ?
Les pays en développement doivent pouvoir décider eux-mêmes, c'est à eux de le faire. Le choix de technologies appropriées est de la responsabilité des personnes, sociétés, entreprises et nations concernées. La tâche de la coopération au développement consiste à améliorer les conditions et les possibilités de ce choix.
Les conditions du libre choix sont le savoir en général, la connaissance des options, l'accès à ces options et à la technologie.
Les populations du tiers monde ont la volonté et le besoin d'un meilleur accès aux ressources. Or une ressource toujours plus importante est le savoir. C'est celle qui est le moins limitée. La connaissance du génie génétique en fait partie. Il s'agit de pouvoir appliquer des connaissances et des méthodes nouvelles contribuant de manière notable à la sécurité alimentaire en ce qui concerne les plantes cultivées importantes des pays en développement, à une exploitation plus durable des ressources et à la création d'emplois.
Plus on peut effectuer de recherche dans le domaine public, à l'aide de fonds publics, plus libre est l'accès des pays pauvres et des groupes de population défavorisés aux résultats et aux produits de cette recherche.
2. « Il y a assez à manger pour tout le monde. La faim n’est pas un problème de production, mais de répartition »
C’est un fait que seuls les pauvres souffrent de la faim, tant dans les pays en développement que dans les pays industrialisés.
Si les denrées alimentaires sont moins chères, les pauvres ont moins faim. Lorsqu’elles redeviennent chères, les plus pauvres ont à nouveau faim.
L’emploi et le revenu sont des facteurs décisifs. Ils dépendent fortement de l’agriculture dans les pays en développement les plus pauvres, et, par suite de la mondialisation, ils dépendent toujours plus d’une agriculture innovante et concurrentielle dans les pays en développement.
La révolution verte a clairement montré que là où l’agriculture peut produire davantage et plus efficacement, cela génère également des emplois, la pauvreté diminue, et cela crée même du travail pour des saisonniers venus de régions plus pauvres.
Pour améliorer les conditions de vie, il faut travailler simultanément sur les trois fronts de la lutte contre la pauvreté, de la sécurité alimentaire et de la protection des ressources naturelles. La technologie n’est qu’un moyen. Le génie génétique n’est le plus souvent qu’une technique complémentaire, parfois plus efficace, rarement une technique de substitution.
La population des pays en développement continue à s’accroître et, dans bien des régions, le besoin en denrées alimentaires augmente plus vite que leur production.
Le génie génétique n’apportera pas de contributions spectaculaires à court terme à la sécurité alimentaire mondiale. Cependant, étant donné que les ressources naturelles, principalement le sol et l’eau, sont déjà fortement sollicitées et surexploitées, il importe d’explorer sans préjugés toutes les possibilités d’assurer de manière durable un accroissement de la productivité et de la sécurité alimentaire.
3. « Les besoins des pays en développement se situent dans de tout autres domaines »
« Les représentants des pays du sud s’opposent à l’utilisation du génie génétique »
Il y a quelques années, des responsables de l’agriculture en Amérique latine se sont réunis pour délibérer sur la manière dont ils pouvaient le mieux collaborer, sur les tâches qu’ils entendaient mener ensemble et sur les priorités à fixer pour un programme de travail commun. En tête de la liste de ces priorités, ils ont placé les biotechnologies.
La nature des besoins qu’ont les décideurs du sud en matière de biotechnologies est ressortie également de colloques stratégiques (policy seminars) organisés par l’IBS (ISNAR Biotechnology Service), qui est soutenu par la DDC. Les priorités citées par les décideurs du sud concernant d’autres travaux dans ce domaine ont été : la sécurité biologique (citée 19 fois), des recherches socio-économiques (19), l’intégration (recherche et développement) (11), le lien avec les utilisateurs finaux (10), la politique de développement et de coordination (9), les systèmes de transfert des technologies (8), la propriété intellectuelle (8), la biodiversité (7), les relations publiques (5). Ces priorités montrent bien l’intérêt pour les aspects socio-économiques des biotechnologies et pour l’utilisation de ces technologies.
En discutant avec des représentants d’organisations paysannes, des conseillers agricoles et des chercheurs des pays en développement, on constate régulièrement que ces personnes cherchent des alternatives et souhaitent décider elles-mêmes des options. Elles veulent également un meilleur accès au marché et à de nouvelles méthodes plus sûres. Les produits phytosanitaires étant souvent trop chers ou non accessibles, les paysans des nations en développement s’intéressent à des variétés capables de se défendre elles-mêmes contre les parasites ou de pousser dans des conditions difficiles.
Quelle est l’action de la DDC dans ce domaine ?
1. La DDC dispose-t-elle de principes directeurs quant à l’utilisation du génie génétique ?
La DDC se base sur l’Agenda 21, d’après lequel les biotechnologies doivent être utilisées pour améliorer le rendement et la valeur nutritive des plantes alimentaires et fourragères, pour endiguer les maladies et les parasites, pour améliorer l’assimilation des substances nutritives par les plantes et pour augmenter la valeur des sous-produits de la transformation des matières premières industrielles.
Elle s’investit pour la mise en œuvre de la Convention sur la biodiversité, dans laquelle la Suisse s’est engagée à améliorer l’accès des pays en développement à la technologie. Cela présuppose notamment le renforcement des capacités locales de ces pays, et non seulement le transfert des savoirs, de même qu’une coopération accrue dans les technologies-clés. Il faut aider les pays en développement dans la planification de la recherche, dans la liaison entre recherche et développement, ainsi que dans l’adoption de réglementations adéquates en matière de sécurité et de propriété.
La DDC estime qu’un transfert technologique facilité vers les pays en développement représente une compensation partielle des prestations que ceux-ci fournissent par le maintien de la diversité biologique végétale et animale, tel que le prévoit la Convention sur la biodiversité.
Pour son travail dans les pays en développement, la DDC s’appuie également sur la législation des nations partenaires. A défaut d’une législation locale suffisante, elle se base sur des principes internationaux.
2. La DDC a-t-elle des principes directeurs quant à son travail dans ce domaine ?
La DDC se fonde sur la loi et sur sa propre image directrice. Les choix technologiques doivent découler des buts supérieurs que sont la lutte contre la pauvreté, la souveraineté des pays en développement et l’exploitation plus durable des ressources naturelles.
La DDC considère le génie génétique en tant que faisant partie des biotechnologies. Les chances et les risques de ces technologies sont souvent intimement liés. La faculté des biotechnologies d’apporter une contribution substantielle à la sécurité alimentaire, au combat contre la pauvreté et à la protection des ressources naturelles dans les pays en développement dépend en grande mesure des conditions-cadre politiques, des capacités de la recherche agronomique publique, de sa collaboration avec le secteur privé et de la manière dont ces technologies sont mises en œuvre.
La DDC évalue l’utilisation du génie génétique sur la base d’une pesée de tous les avantages et inconvénients. Celle-ci doit intégrer non seulement l’aspect écologique, mais aussi les volets économique et social. L’examen doit considérer et évaluer les points de vue, les chances et les risques sous ces trois aspects. Il est essentiel de voir comment, où, quand et par l’entremise de qui les innovations du génie génétique débouchent sur des applications concrètes, et plus généralement de savoir qui a accès aux nouvelles technologies. Par exemple, qui retire quel profit et encourt quel risque dans le cas d’une application donnée. Un autre risque à prendre en compte est celui que le génie génétique ne soit pas suffisamment utilisé pour la sécurité alimentaire dans les pays du sud.
La pesée des avantages et inconvénients doit mettre en évidence un bilan positif de la solution du problème. Le bien général doit primer sur les intérêts particuliers. Il est acceptable de prendre certains risques lorsqu’il en résulte pour la collectivité un bénéfice supérieur.
3. Quelles sont les lignes d’action de la DDC en rapport avec le génie génétique ?
La contribution qu’apporte la DDC doit aider à exploiter le potentiel du génie génétique pour les pays en développement, mais aussi, en particulier, à en réduire les risques socio-économiques et écologiques. Le principe, répétons-le, est celui d’une évaluation complète du pour et du contre, dans laquelle l’intérêt public prime sur les avantages individuels. Les risques à considérer sont aussi bien ceux de l’utilisation que ceux de la non-utilisation d’une technologie, aussi bien ceux immanents à la technologie elle-même que ceux qui dépassent le domaine de la technologie.
L’accent porte avant tout sur l’élaboration des politiques. Ce travail comprend d’une part l’accès des pays en développement à la technologie. Mais aussi l’accès des pays, tant industrialisés qu’en développement, aux ressources génétiques. Les réglementations sur la propriété devraient permettre de résoudre les questions de benefit sharing, soit la juste répartition des profits tirés de l’utilisation de plantes traditionnelles pour des produits nouveaux brevetés. Un rôle central revient aux considérations d’« éthique et équité », qui mènent à une définition équilibrée des droits de propriété liés aux inventions et des droits de propriété traditionnels (ceux des populations paysannes détentrices des ressources génétiques).
Le programme biotechnologique de la DDC a reposé jusqu’ici sur trois piliers :
élaboration des politiques (policy work)
renforcement des capacités de recherche et de développement des pays en développement (notamment le renforcement de leur capacité dans le développement de programmes, dans la recherche et dans le couplage entre recherche et développement)
Soutien à la recherche nationale et internationale (notamment par des partenariats sud-sud, nord-sud, ouest-est ainsi que par la collaboration avec des instituts de recherche en Suisse et avec le secteur privé).
4. Quelle est la position de la DDC sur le plan des risques et de l’éthique ?
Les risques doivent être examinés dans le cadre d’une pesée d’intérêts globale. Il s’agit d’une part de risques immanents aux techniques (diffusion de caractères génétiques dangereux, relation avec le droit des brevets, diminution de la biodiversité, accès aux ressources génétiques), d’autre part de risques transcendant les techniques (aggravation du fossé nord-sud, péjoration de la distribution des revenus et de la fortune, substitution de produits tropicaux, vente de technologie au lieu d’une aide à l’autonomie).
Concernant l’éthique, nous nous fondons sur les propos du professeur Hans Halter, actif dans le domaine de l’éthique sociale : « Le problème éthique ne tient pas en première ligne au fait que les biotechnologies deviennent une menace pour les pays en développement si elles sont trop utilisées, mais au fait que les pays en développement ne profitent pas du tout ou pas suffisamment du potentiel des biotechnologies » La non-utilisation comporte elle aussi des risques, qu’il convient de prendre en compte dans l’évaluation.
2. Intensification du transfert de biotechnologie: paradigmes nouveaux et essentiels pour l'avenir
PrAnatole F. Krattiger, bioDevelopments-International Institute; SWIFTT (Strategic World Initiative for Technology Transfer), Cornell University, Ithaca, NY, États-Unis
Pendant très longtemps, le transfert de technologie a été quelque chose de linéaire: le transfert de technologie international est supposé avoir lieu lorsqu'une technique de production existante est transférée d'un lieu dans un autre. Ce transfert peut s'effectuer d'un institut de recherche à une entité située dans un autre pays, ou se faire d'une entité de production à une autre. Il comporte les étapes suivantes: découverte, développement, évaluation, acquisition, adaptation et mise en oeuvre. Dans la pratique, les transferts reposent souvent sur l'élaboration de relations. Dans le contexte de la biotechnologie (médicale et agronomique), en revanche, la raison principale expliquant que des technologies ne soient pas transférées chez les plus pauvres s'explique non par le manque de besoins, mais par le manque de capacités, de réglementations et de mécanismes de diffusion.
Ce modèle relativement linéaire de transfert de technologie a radicalement changé avec l'apparition de la biotechnologie; il existe une interaction entre les acteurs en amont et en aval, et une étroite interrelation entre les acteurs publics et privés, ce qui ajoute plusieurs niveaux supplémentaires de contraintes et de défis à relever. En biotechnologie, en particulier, les transferts se produisent à la fois à l'intérieur des réseaux publics/privés et entre eux; et ceux qui sont à l'extérieur du réseau ont des difficultés à y rentrer, notamment en raison des coûts de transaction élevés liés à la gestion de la propriété intellectuelle. A une époque où le pays possédant l'économie la plus puissante (les États-Unis) consacre 90 milliards de dollars à des institutions publiques de science fondamentale et de recherche et développement appliqué, la plupart des résultats de la recherche sont protégés par les droits de propriété intellectuelle et concédés sous licence à des sociétés. Par conséquent, la majorité de ces résultats de recherche sont enchevêtrés dans un réseau de droits de propriété intellectuelle et ne peuvent plus être aisément transférés. Une partie de cette modification du système a été induite par la complexité et les coûts de la technologie ainsi que des réglementations qui y sont liées, par la généralisation des droits de propriété intellectuelle, par l'évolution des rôles respectifs des secteurs privé et public, et par l'apparition d'une nouvelle mentalité née des premiers temps de la dernière phase de la mondialisation.
Dans le développement international, le transfert de technologie est en outre perturbé par toute une série de forces libérées par la mondialisation. Le fondamentalisme libéral économique des années 1980 et du début des années 1990, bien que passé de mode, a entraîné l'apparition d'une série de nouveaux acteurs qui ont contraint les acteurs en place à jouer de nouveaux rôles. Le secteur privé, par exemple, est devenu un pilier de la politique de développement, au fur et à mesure que les ONG et la société civile assumaient des responsabilités complexes croissantes, notamment celle de la diffusion de la technologie. Mais ce sont surtout les institutions existantes qui ont été affaiblies, elles qui avaient amorti les effets négatifs des changements survenus dans le passé.
Parallèlement à ce changement, peut-être lui-même alimenté par l'apparition d'une «conscience» mondiale nouvelle, l'expression de la politique est devenue plus réactive que proactive. La politique bilatérale est à bien des égards toujours fondée sur le modèle linéaire, avec des acteurs/conseillers en politique fortement axés sur leur discipline. Point plus important, cependant, la stratégie bilatérale de développement est malencontreusement influencée par des intérêts géopolitiques et des relations nationales personnelles historiques; un fort enracinement dans la manière dont les choses ont toujours été faites. Les politiques chaperonnent souvent les pays en développement selon la devise: «Faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais». Les institutions multilatérales souffrent du même éventail – peut-être plus large encore – de problèmes, en particulier parce qu'elles souffrent d'un manque patent de moyens financiers et que leurs effets sont affaiblis en conséquence. Tout aussi important, la conception de leur politique est assez souvent confuse. Les principales institutions financières multilatérales (Banque mondiale, FMI, Banque africaine pour le développement, etc.) encouragent les réformes économiques – ce qui, en soi, est très bien. Les programmes, en revanche, sont rarement – quand ils le sont – accompagnés des ressources nécessaires pour couvrir les besoins humains fondamentaux – tout spécialement dans les pays les plus pauvres – dans les domaines cruciaux que sont la santé, l'agriculture et l'énergie.
Le changement technologique est le produit d'un système complexe d'institutions privées, publiques et universitaires, tandis que le financement vient des marchés, des gouvernements et des fondations. Mais qu'en est-il du développement technologique dans les pays les plus pauvres pour répondre aux besoins spécifiques de ces pays? Par exemple lutter contre le paludisme ou améliorer les cultures de façon qu'elles puissent résister à la salinisation, à la chaleur et au stress de la sécheresse, ou garantir une meilleure composition nutritionnelle? La Banque mondiale estime qu'à la fin des années 1990, toutes les subventions et tous les prêts consacrés à la science et à la technologie de l'ensemble des pays pauvres de la planète représentaient moins de 3% des dépenses publiques consacrées par les États-Unis à la science et à la recherche et au développement (R&D). Rien d'étonnant, dans ces conditions, que les progrès soient lents. L'aide à l'étranger apportée par les États-Unis est d'environ 8 milliards de dollars, soit 0,12% du PNB. Et sur ce montant indigne, seul environ un sixième va aux pays les moins développés (autrement dit, 5,50 dollars par Américain sont consacrés aux pays les moins développés de la planète; et cela dans un pays dont le revenu moyen est de 30 000 dollars et où les investisseurs ont enregistré plus de 1000 milliards de dollars de plus-values en capital au cours des cinq dernières années, soit 200 milliards par an!). On compte approximativement 600 millions de personnes dans les pays les moins développés. L'aide américaine qui leur est consentie représente donc 2,50 dollars par Américain.
Nombre de technologies ont été développées ou sont en train de l'être, mais peu trouvent le chemin qui mène là où l'on en a le plus urgemment besoin: Le coût sociétal de la sous-utilisation des technologies existantes est énorme. Cela se vérifie peut-être le plus avec la biotechnologie. Au lieu de souligner les contraintes spécifiques existant au niveau micro-économique et qui entravent le transfert des biotechnologies vers le monde en développement, cette présentation entend évoquer les contraintes relevant plutôt du système.
Ce statu quo n'améliore pas la situation désespérée de la moitié de la population mondiale, pas plus qu'il n'est socialement tenable. Mais quelles sont les options pour de nouveaux paradigmes en matière de développement? Cinq propositions, si elles étaient mises en œuvre simultanément, pourraient entraîner des changements essentiels et donner des résultats fondamentaux, résultats dont les 2 à 3 milliards de personnes les plus pauvres de cette planète ont le plus urgent besoin – et qu'elles méritent.
Premièrement, un nouveau leadership est nécessaire, marqué par une vision, car lorsqu'une vision est limitée, l'action l'est également. Il est d'abord important de reconnaître que les types de changement décrits plus haut ne sont pas nouveaux en soi. Dans le passé, des changements significatifs sont survenus, qui étaient tout aussi traumatiques; les acteurs étaient différents et leur ampleur aussi, notamment parce que moins de gens étaient touchés (il y a seulement une génération, le monde comptait près d'un tiers de personnes en moins). Pour illustrer l'absence de direction dans la communauté du développement, on pourrait évoquer le désordre actuel qui règne au GCRAI. Ce n'est pas pour montrer du doigt cette institution; d'autres institutions mondiales connaissent le même sort. Le défi particulier qu'il s'agit de relever aujourd'hui, c'est de mobiliser les opinions de beaucoup plus de côtés qu'il n'était nécessaire de le faire auparavant; et, pour y parvenir, il faut disposer d'un leadership plus solide.
Deuxièmement, il nous faut établir de nouveaux principes mondiaux pour déterminer des politiques et des priorités dans le domaine du développement. Compte tenu du fait que les différentes composantes de la population mondiale sont de plus en plus en étroite relation, le processus – une fois identifié – a reçu un nom, à savoir la mondialisation (ou la globalisation). Au fur et à mesure que la mondialisation progresse, elle exerce des effets puissamment bénéfiques pour certaines régions, mais elle en marginalise beaucoup d'autres. Tandis que le niveau de vie augmente pour beaucoup par suite de la mondialisation, plus d'un milliard de gens vivent dans un état d'extrême pauvreté sur notre planète; la moitié des 6 milliards de gens que compte le monde vivent en effet avec moins de 2 dollars par jour (le nombre total de personnes vivant dans des pays ou des régions dont le PNB est inférieur à 800 dollars par tête est de 3,4 milliards; or, ces régions ont reçu 1,10 dollar d'assistance à l'étranger de la part des États-Unis).
En relation avec les nouveaux développements, l'élaboration de principes politiques constitue le meilleur moyen pour «gérer» le développement économique mondial. L'auteur n'étant pas un économiste, cet appel ne sera pas développé plus avant. La démonstration de l'échec des systèmes économiques d'aujourd'hui est apportée par l'exemple du café: alors qu'au cours de la dernière décennie 25 millions de producteurs de café voyaient leur niveau de vie diminuer au-dessous de ce que tout un chacun considérerait comme acceptable, Nestlé proclamait à ses actionnaires, il y a encore seulement quelques mois, que «la marge bénéficiaire nette» du café représentait un solide 40% et qu'elle était en augmentation! Avant la mondialisation des dernières années du 20e siècle, c'était la loi du plus fort. Maintenant, c'est la loi du plus gros dans des proportions indécentes. Nombre des manifestants à Seattle et partout ailleurs dans le monde ont fondamentalement raison lorsqu'ils disent que la situation actuelle condamne des centaines de millions de gens à souffrir inutilement et des millions d'autres à connaître une mort prématurée, et que les institutions mondiales sont impliquées dans ce désastre. Toutefois, la solution à ce déséquilibre du pouvoir mondial ne saurait être trouvée dans des manifestations de rue; elle viendra d'un dialogue accru avec les institutions et de l'implication des institutions qui commandent le développement international et devra inclure le secteur privé. En définitive, la responsabilité incombe directement aux actionnaires principaux de ces institutions. En conséquence de quoi, ce qui a besoin d'être renforcé, c'est que la société civile nationale et mondiale réclame une politique qui dicte les objectifs de développement internationaux que doivent suivre les nations riches. Le progrès est magnifique lorsque les gens ordinaires réclament des changements politiques, économiques et sociaux. Et ces changements doivent aussi s'appliquer aux pays en développement: les gouvernements de ces pays auront davantage tendance à donner la priorité aux besoins de la société si l'on insiste pour qu'ils le fassent. Les gouvernements agiront s'ils sentent la pression exercée par leur peuple, les syndicats, les organisations de droits de l'homme, les organisations féminines, les groupes religieux, les professions et l'Université. Les études menées montrent que l'on obtient les meilleurs résultats lorsque l'aide est concentrée sur les peuples les plus pauvres dans des pays où le gouvernement pratique une bonne politique de réforme en faveur des pauvres. L'aide des pays développés doit concorder avec une bonne gouvernance.
Dans les pays où la gouvernance est relativement stable et où les institutions ont su établir et mettre en pratique des stratégies avec force, ces pays ont pu bénéficier de la mobilité accrue des flux de capitaux. La corruption et les autres formes de mauvaise gestion ont entravé le développement des régions les plus pauvres, et il est peu probable que le secteur privé soit jamais réellement intéressé à investir les ressources nécessaires. Il faut fixer un ensemble clair et net de critères pour dégager de l'aide et mobiliser le secteur privé. Ces critères ne doivent pas être des conditions, mais doivent constituer simplement des critères, faute de quoi les fonds d'aide ne sont pas seulement gaspillés, mais renforcent les institutions corrompues. C'est pourquoi il faut des initiatives de nature à renforcer la société civile dans ces pays, de façon que les changements viennent de l'intérieur. Sans ces changements de politique, quoi que nous entreprenions, rien ne sera durable.
Troisièmement, nous devons mettre plus fortement l'accent sur la nécessité de générer des biens publics et d'agir sur les technologies privées pour qu'elles servent le bien public. Dans le passé, une technologie était transférée vers des pays en développement essentiellement de deux manières: un transfert direct sous forme d'investissements privés et un transfert indirect sous forme d'intermédiaires publics, en particulier ceux du secteur public. Ces acteurs renforçaient la capacité R&D dans les pays en développement, amélioraient l'environnement réglementaire et laissaient le secteur public national et le secteur privé international s'occuper du reste. A l'heure actuelle, les institutions existantes s'efforcent de recourir aux deux objectifs, autrement dit de générer des biens publics et d'accroître la participation du secteur privé. Le GCRAI, en particulier, cherche à répondre à ces deux objectifs, mais avec pour résultat qu'il n'en atteint aucun. Il y a largement de quoi impliquer beaucoup plus fortement le secteur privé dans la génération de biens publics à travers la mise à disposition de technologies.
Quatrièmement, il existe un besoin urgent d'une politique contribuant à impliquer davantage le secteur privé. Cela repose sur le principe que les fonds publics sont insuffisants et, aspect tout aussi important, que le secteur privé a relativement avantage à fournir des solutions technologiques dans le domaine de la biotechnologie. Le monde des entreprises a un énorme avantage à développer et adapter des technologies nouvelles correspondant spécifiquement aux besoins des pauvres, là où les technologies des pays riches ne suffisent pas. Le développement technologique – tel que la mise au point d'un vaccin contre le paludisme ou la production d'aliments plus nutritifs – nécessitera l'octroi de subventions importantes aux institutions fondées sur la science, en même temps que de nouveaux partenariats entre le monde des affaires et l'Université, stimulés par des mesures institutionnelles innovantes. L'idée d'un crédit d'impôt ou d'un fonds d'amortissement garanti destiné à encourager l'activité R&D dans certains de ces domaines (par exemple un vaccin contre le paludisme, plus de produits agricoles nutritifs, des technologies axées sur une diversification des exportations agricoles) serait particulièrement judicieuse. Mais, là encore, la commodité des pays riches, soutenue par l'idéologie, empiète sur les besoins réels des pays les plus pauvres. Les pays de l'Afrique subsaharienne sont aujourd'hui aussi dépendants d'une faible gamme de matières premières qu'ils l'étaient il y a vingt ans, mais sont désormais confrontés à des prix mondiaux effectifs de plus en bas pour ces matières premières. En fait, les institutions d'aide au développement ont généralement agi comme s'il n'était pas nécessaire de stimuler la diversification ou les exportations de produits manufacturés à partir de l'Afrique, se contentant de continuer à encourager la production de matières premières.
En relation avec ce qui a été dit précédemment, il existe un besoin tout aussi urgent d'attirer davantage d'investissements dans les économies de l'agriculture rurale en encourageant les petites entreprises, particulièrement dans le domaine des industries agro-alimentaires. Une telle Société d'Investissement pour le Développement fournirait un «Business-Investment-Service» aux entrepreneurs locaux, aux petites entreprises et aux chercheurs des universités afin de faciliter l'acquisition et le transfert d'innovations du laboratoire au marché, en visant plus spécifiquement à intégrer la technologie et l'expertise gestionnaire des sociétés multinationales vers les régions rurales plus pauvres. Cela influerait aussi sur l'aide publique au développement (APD) et l'investissement direct étranger (IDE).
Cinquièmement, nous devons nous appuyer moins sur les institutions existantes et, simultanément, agir davantage à travers de nouvelles institutions, conçues pour répondre aux nouvelles réalités géopolitiques et technologiques, et restructurer les institutions existantes. Là encore, le GCRAI pourrait servir de modèle, en ce sens que les 16 centres seraient regroupés en une organisation mondiale de l'agriculture afin de lui donner plus de poids pour obtenir des subsides plus importants et de lui permettre de soutenir les efforts des plus pauvres en matière de technologie, de contribuer plus efficacement à concevoir des stratégies et d'encourager les technologies du secteur privé au bénéfice du bien public. Parallèlement, ainsi que l'a déjà proposé Jeffrey Sachs il y a deux ans, la Banque mondiale doit quitter son rôle de banquier pour devenir l'Agence de développement mondial, mettant exclusivement l'accent sur les pays les plus pauvres. Et il faudrait peut-être restructurer entièrement la FAO, un tiers étant privatisé, un tiers transféré dans d'autres organisations des Nations Unies, et un tiers étant définitivement fermé. En clair, le développement international a besoin de plus de moyens financiers, et même de beaucoup plus. Mais le problème de l'inefficacité a besoin d'être pris parallèlement à bras le corps.
Ce sont là des propositions hardies visant à contester le statu quo et à déplacer les frontières. Tout cela a besoin d'être affiné et peut-être aussi ajusté pour prendre en considération les réalités politiques. La pression, en revanche, doit venir de l'extérieur de l'establishment parce que trop d'intérêts sont en jeu. Prenez l'exemple des subventions agricoles: des perspectives de changement commencent enfin à se dessiner parce que la prise de conscience mondiale a conduit à une exigence d'action au niveau mondial. La pression exercée par les pays en développement sur les pays développés s'est accrue pour qu'ils réduisent et finalement suppriment leurs subventions agricoles.
La sortie de la pauvreté repose sur plusieurs piliers, pas uniquement sur celui d'une réforme commerciale et économique ou sur celui d'un transfert de technologie. Le point peut-être le plus crucial est celui d'avoir une population en suffisamment bonne santé et suffisamment éduquée pour pouvoir participer à l'économie locale, nationale et mondiale. Nombreux sont les lieux les plus pauvres, dans le monde, où les habitants sont trop malades et trop peu éduqués pour pouvoir le faire. L'espérance de vie est en train de chuter dans de grandes parties de l'Afrique, notamment à cause de l'épidémie du sida. Les pays les plus pauvres manquent totalement des ressources qui leur permettraient de sortir par eux-mêmes de cette situation inextricable, écrasés qu'ils sont en particulier par le poids indécent du service étranger de la dette. Pour un revenu par tête de 600 dollars, même des dépenses budgétaires de cinq pour cent du BNP consacrées à la santé publique — plus que ces pays ne peuvent se permettre — ne représente que 30 dollars par personne et par an, une somme nettement insuffisante pour répondre aux besoins fondamentaux de la santé. Ce sont là des régions sur lesquelles la nouvelle aide au développement devra concentrer son attention. Une grande partie du problème de la santé peut être réglé par l'agriculture parce qu'une bonne alimentation et des céréales à valeur nutritive améliorée — ce qui fait tant défaut dans les pays les plus pauvres — sont aussi à la base d'une santé que des traitements ultérieurs ne pourront jamais restaurer.
La perspective de voir tous ces changements se réaliser n'est pas des plus favorables. Peut-être la situation désespérée de ces pauvres devra-t-elle devenir pire encore — et le désordre mondial encore plus grand — pour que le monde développé lui accorde enfin l'attention nécessaire et qu'il soit incité à agir. L'histoire, toutefois, a montré au fil du temps que les peuples sont capables d'entreprendre des changements remarquables lorsqu'ils y sont poussés suffisamment par l'émotion et la motivation.
3. Enseignements d'une collaboration avec l'Inde en matière de recherche
Dr Katharina Jenny, Institut de biotechnologie, ETH Hönggerberg, Zurich
Le programme de biotechnologie «Indo-Swiss Collaboration in Biotechnology (ISCB)» a été créé au début des années quatre-vingt. Son objectif: encourager la collaboration entre des instituts de recherche indiens et suisses dans différents domaines de la biotechnologie. Selon un accord bilatéral, les coûts du programme sont partagés entre la Direction du développement et de la coopération (DDC), à Berne, et le Department of Biotechnology (DBT), à New Delhi.
Depuis sa création, le programme ISCB est passé par différentes phases en ce qui concerne les axes retenus et la mise en pratique. En l'occurrence, il a toujours été tenu suffisamment compte des conditions politiques et économiques changeantes, non seulement en Inde, mais aussi dans d'autres pays.
Durant les premières phases du programme ISCB, l'encouragement des capacités indiennes de recherche et de développement figuraient encore nettement au premier plan. Aujourd'hui, en revanche, bâtir de solides partenariats et de solides capacités de recherche – dotés d'une forte pertinence économique, sociale et écologique – constitue l'objectif prioritaire de notre coopération (depuis octobre 1999). Au centre des préoccupations figure le développement de technologies permettant d'améliorer la production de blé et de légumineuses en Inde, sans que l'environnement en souffre. Les résultats attendus conditionnent la production de semences possédant une capacité de résistance accrue aux facteurs biotiques et un meilleur potentiel de rendement et de qualité, ainsi que la production d'engrais et de pesticides biologiques. Dans le domaine de l'environnement, l'accent est mis sur la production de biocapteurs pour l'analyse des pesticides et sur le développement d'une technologie destinée à débarrasser les sols des pesticides qui les polluent grâce à des micro-organismes (bioremédiation). Sont également inclus dans le programme des aspects supradisciplinaires, tels que la sécurité et l'éthique en biotechnologie, les évaluations de la technologie et le travail d'information. Ainsi la biotechnologie doit-elle apporter des contributions concrètes et durables, de nature à garantir l'alimentation et à protéger les ressources en Inde.
A l'heure actuelle, le programme ISCB soutient par contrat des projets précis avec 28 laboratoires de recherche indiens et 19 laboratoires de recherche suisses. La plupart des projets en sont à la troisième année de collaboration.
Cet exposé présente brièvement les tenants et les aboutissants, la phase de démarrage et l'état actuel du programme ISCB, ainsi que les différents projets de recherche. La définition des conditions de la planification à partir de l'expérience des collaborations passées et la mise en place d'une évaluation des besoins pour déterminer les thèmes prioritaires possibles et identifier les partenaires ont été des étapes importantes, qui ont précédé la «recherche de concordance» (matching) en elle-même et la sélection des projets. Une conception commune des objectifs poursuivis ainsi que des accords clairs et nets constituent certainement la base d'une bonne coopération. Ce que cela nécessite (des conventions écrites, par exemple) et comment l'on fait pour y parvenir (ateliers de planification, établissement d'un consensus, concepts de communication, par exemple) sera expliqué plus loin.
Il est impossible d'éviter totalement les situations de conflit, mais on peut les réduire dans des proportions radicales à condition de pratiquer une communication transparente et de travailler selon des règles claires. Nombre de ces aspects sont couverts par les contrats de projet actuels. En font aussi partie l'utilisation qui peut être faite du résultat des recherches et la réglementation régissant leur propriété.
En l'occurrence, la direction du projet n'a pas seulement pour rôle de conduire l'ensemble du projet et d'assurer son financement, elle s'occupe aussi de l'évaluation interne des projets, de leur développement ultérieur et de la mise en réseau des activités, tant vers l'intérieur que vers l'extérieur. Les instruments qui ont fait la preuve de leur adéquation pour encourager les partenariats et la mise en œuvre des projets seront expliqués à l'aide d'un ou deux exemples (constitution d'un réseau pour améliorer la production de légumineuses en Inde; myco-insecticides – une alternative dans la lutte contre un ravageur, Helicoverpa armigera, une noctuelle). Les aspects revêtant une importance significative pour le développement seront en l'occurrence directement présentés à partir des exemples donnés.
En conclusion, les forces et les faiblesses du programme seront brièvement commentées et comparées avec d'autres projets similaires. Dans quelle mesure les aspects interculturels influent-ils sur le succès d'une telle entreprise? Que pourrait-on optimiser si, par exemple, on disposait de davantage de subsides et si des partenaires supplémentaires ou d'autres partenaires participaient au projet? Où se situe actuellement le principal potentiel de succès ou de conflit? Qu'apportera l'avenir et dans quelle mesure avons-nous réussi ou réussirons-nous à répondre aux exigences que nous nous étions fixées de réaliser un travail de recherche pertinent, aux conséquences durables?
4. Biotechnologie et projets de développement considérés sous l'angle d'une organisation d'entraide
Pr Christoph Stückelberger, «Pain pour le prochain», Berne et Université de Bâle
Résumé en forme de thèse
Les projets de développement soutenus par «Pain pour le prochain» dans le secteur agricole (en particulier en Asie du Sud-Est, en Inde, en Afrique de l'Ouest, en Afrique du Sud et au Brésil) sont presque tous axés sur la démarche de la production biologique (en partie intégrée).
Ces projets ont pour objectif premier d'assurer la sécurité alimentaire.
Dans ces projets, l'agriculture biologique apporte pour les cultures mixtes (riz, légumes, poisson, arbres fruitiers, bois d'œuvre, par exemple) des rendements de culture (ou calories par unité de superficie) quantitativement et financièrement équivalents, voire supérieurs, aux monocultures ou à l'agriculture pratiquée avec des variétés à fort rendement, modifiées par biotechnologie ou par génie génétique.
On s'efforce en l'occurrence d'atteindre la sécurité alimentaire par des projets intégrés dans lesquels la formation aux techniques agricoles est combinée à des conseils en matière de santé et d'alimentation et à la constitution de réseaux communautaires.
Chez les populations pauvres, autrement dit disposant de peu de capital, l'agriculture biologique est souvent aussi la seule possibilité existante, car ces populations ne disposent tout simplement pas du capital nécessaire pour se procurer des engrais ou des semences offrant un rendement supérieur.
Le débat sur la biotechnologie chez nos partenaires de projet fait l'objet d'opinions tout aussi contrastées qu'en Suisse. En ce qui concerne le génie génétique, les voix critiques l'emportent (exemples: expérience tirée d'exposés personnels tenus dans des pays en développement; polarisation de la situation dans la faculté de biologie d'une université indonésienne).
Le jugement éthique des chances et des risques de la biotechnologie dans la coopération au développement doit être mesuré à l'aune de dix critères éthiques (voir exposé).
Dans la mesure où la biotechnologie mesurée à ces dix critères apporte une contribution clairement démontrable à la sécurité alimentaire, contribution impossible à obtenir par d'autres moyens, il convient de la préconiser. Mais la sécurité alimentaire ne saurait être obtenue en premier lieu par le recours à des mesures technologiques; elle doit être le fruit de mesures politiques, sociales, économiques, religieuses et éducatives (les habitudes alimentaires sont en effet des processus psychosociaux globaux).
5. Curriculums vitæ des conférenciers
Paul A. Egger, Directeur Section Asie II, DDC, Berne
Swiss Development Cooperation
Asia II Division
Freiburgstrasse 130
CH-3003 Bern
Phone: +41 31 322 34 46
Fax: +41 31 325 93 57
Email:
paul.egger@deza.admin.ch
Web: www.deza.admin.ch
Training
1971 Agronomist, Dipl. Ing. Agr. ETHZ, Swiss Federal Institute of Technology (equals M.Sc.)
1971 Diploma in teaching
1972 Interdisciplinary Post Graduate Course on Developing Studies, ETHZ
Professional Positions
Present Head Asia II Division, Swiss Agency for Development and Cooperation (SDC)
1986 - 00 Head Agricultural Division (SDC)
1983 – 85 Agricultural Advisor SDC (in addition to work in Latin America Division)
1982 - 85 Latin America Division SDC, In Charge of agricultural projects and country program Peru
1979 - 81 Project Leader, National Potato Program, Bolivia
1977 - 78 Country Research Scientist CIP (International Potato Center) in Nepal
1973 - 76 Agricultural Advisor Integrated Hill Development Project (IHDP), Nepal
Other Responsibilities
1997 - 99 Member Steering Committee, Global Forum for Agricultural Research (GFAR)
1996 - 00 Chairman, European Initiative for Agricultural Research for Development (EIARD)
1993 - 96 Chairman, Oversight Committee, Consultative Group on International Agricultural Research (CGIAR)
1993 - 00 Member Board, Centre for International Agriculture (ZIL), ETHZ, Zurich
1993 - 97 President, Advisory Committee International Agriculture, College of Agriculture, SIL Zollikofen, Switzerland
1994 - 99 Member Board of Directors, Consortium for Agroecological Development of the Andean Ecoregion (CONDESAN), Lima
1992 - 99 Member Steering Committee and Executive Committee, Intermediate Biotechnology Service (IBS), ISNAR, The Hague
1990 - 00 Member Advisory Committee, Institute for Crop Science, ETHZ
1989 - 93 Member Board of Trustees, International Livestock Centre for Africa (ILCA), Addis Ababa
1988 - 91 Member Kuratorium, AGRECOL, Agroecology Network of the Foundation for Appropriate Technology and Social Ecology, Langenbruck, Switzerland
1988 - 91 President, Committee for International Agriculture, Swiss Association of Agricultural- and Food Science Engineers.
1986 – 87 Member of Advancement of Rural Extension (AREX)
1982 - 92 Lecturer, Swiss College of Agriculture (SIL), Zollikofen, Switzerland
Publications (selection)
Pr Anatole F. Krattiger, Président bioDevelopments-International Institute; Directeur SWIFTT (Strategic World Initiative for Technology Transfer), Cornell University, Ithaca, NY, Etats-Unis
bioDevelopments - International Institute
Cornell Business and Technology Park
PO Box 4235
Ithaca, NY 14852, USA
Phone: +1 607 532 4413
Fax: +1 212 504 8287
Email:
anatole@biodevelopments.org
Web: www.biodevelopments.org
swiftt (Strategic World Initiative for Technology Transfer)
Cornell University
33 Thornwood Drive, c/o Suite 300
Ithaca NY 14850, USA
Phone: +1 607 254 6100
Fax: +1 607 254 4635
Email:
afk3@cornell.edu
Web: www.switft.cornell.edu
Anatole Krattiger is Adjunct Professor and Director of swiftt, the Strategic World Initiative for Technology Transfer at Cornell University’s College of Agriculture and Life Sciences. He is also founder and President of bioDevelopments LLC, an international consultancy based in Ithaca, NY. The company works in areas related to biotechnology transfer for the benefit of the developing world, and serves the international development community, the private sector, and academia in public/private partnership building, development of intellectual property management strategies, institution building, and management of institutional change. Krattiger has worked extensively in developing countries and was closely involved in the establishment of ISAAA in 1991, serving as its Executive Director from 1995 to 2000, and brokering agricultural biotechnology between the private sector and developing countries. He also worked briefly at the now defunct International Academy of the Environment in Geneva where he established a Bio-technology/Biodiversity Program. He worked a few years at CIMMYT in Mexico and holds a masters in plant breeding and a PhD in biochemistry and genetics, both from Cambridge University, and a bachelors degree from the Swiss Agricultural College (Agro-Ingenieur am Landwirtschaftlichen Technikum in Zollikofen). Before that he was a farmer in Switzerland and France and completed the “Ecole d’Agriculture de Cernier” in Neuchâtel.
Dr Katharina Jenny, Program Manager ISCB (Indo-Swiss Collaboration in Biotechnology), Institut de biotechnologie, ETH Hönggerberg, Zurich
Institute of Biotechnology
ETH Hönggerberg
CH-8093 Zurich
Phone: +41 1 633 21 95
Fax: +41 1 633 10 76
Email: jenny@biotech.biol.ethz.ch
Web: www.biotech.biol.ethz.ch/india
Dr. Katharina Jenny obtained her degree in microbiology at the University of Zurich in 1984. In 1985, she decided to participate in the postgraduate study programme on developing countries (NADEL) at ETH. There she got an intense training on development cooperation with a first practical experience in research collaboration in Nepal in 1986. The latter was crucial for her decision to do a PhD in biotechnology at the Institute of Biotechnology at ETH Zurich. Her aim was to gain a sound scientific background before getting involved in the already running Indo-Swiss biotechnology programme of the same institute.
In 1990, she received a PhD in bioprocess technology and subsequently, she joined the Indo-Swiss collaboration in Biotechnology programme as a senior scientist. From 1993 onwards, she overtook the management of the entire programme.
Dr. Jenny can look back on more than 10 years experience in planning, management and evaluation of strategic research partnerships between Indian and Swiss institutions in various areas of biotechnology R&D. In this position, she became familiar with the elaboration of projects in demand driven research such as for instance the improved production and protection of pulse and wheat crops, the biological improvement of soil quality, the development of animal disease diagnostics, and on a more general level, the establishment and scaling up of bioprocesses based on biochemical engineering. In order to maintain a close contact with all the project partners and to insure that all projects run properly, she has been travelling to India several times every year.
In December 2002, Dr. Jenny will join the Department of Thematic and Technical Resources at the Swiss Agency of Cooperation and Development (SDC) in Berne. In the Division of Natural Resources and Environment she will still be involved in questions related to the utilisation of natural resources, biotech-nology and agricultural research.
Dr. Jenny is a member of several entities and/or organisations dealing with research relevant issues for international development such as the KFPE (Swiss Commission for Research Partnership with Deve-loping Countries), the steering committee of the Competence Centre NIDECO (Network for International Development and Cooperation) at the ETH Zurich, the ‘Humanitarian Board’ for the international coordi-nation of the technology transfer of the Golden Rice, and the Swiss Forum for International Agricultural Research (SFIAR).
Pr Christoph Stückelberger, docteur en théologie, Secrétaire général de «Pain pour le prochain», Berne, professeur d'éthique à l'université de Bâle; membre du CENH
Home:
Allenmossstrasse 66
CH-8057 Zurich
Phone: +41 1 310 38 30
Fax +41 1 310 38 34
Email:
stueckelberger@bfa-ppp.ch
Web: www.christophstueckelberger.ch, www.bfa-ppp.ch
Zahlreiche Publikationen zu Wirtschaftsethik, Umweltethik, politische Ethik, Friedensethik. Regelmässige Gastvorlesungen in Entwicklungsländern.
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, case postale, 3000 Berne 14 - Tél.: +41 31 356 73 84, Fax +41 31 356 73 01
dernière changement: 2004-09-28 17:25:12