Génie génétique vert


Manifeste pour l'avenir de la recherche sur les plantes en Suisse


  1. Communiqués de presse: Oui à la liberté de choix et à l'encouragement de la recherche - Non au barrage à la réflexion et à sa mise en oeuvre, 04 octobre 2005
  2. GÈNES & DIALOGUE «Génie génétique vert et écologie», septembre 2003
  3. Exposés de la discussion parlementaire au sujet de la Gen-Lex, 18 septembre 2002

Exposés de la discussion parlementaire au sujet de la Gen-Lex

Mercredi, 18 septembre 2002, 13 h 00 à 15 h 00
Kultur-Casino, «Bernerstube», Herrengasse 25, 3011 Berne


  1. Rôle de la science dans le débat public sur le génie génétique et sécurité des denrées alimentaires modifiées par génie génétique
    Professeur Beda Stadler, Directeur de l'Institut d'immunologie Berne, Université de Berne
  2. Importance du génie génétique pour la recherche sur les plantes et conséquences du projet Gen-Lex pour les institutions suisses d'enseignement supérieur
    Professeur Beat Keller, ancien Directeur de l'Institut de biologie végétale, Université de Zurich
  3. Mythes et réalités sur la culture de plantes transgéniques dans l'environnement
    Professeur Klaus Ammann, Directeur du Jardin botanique, Université de Berne

1. Rôle de la science dans le débat public sur le génie génétique et sécurité des denrées alimentaires modifiées par génie génétique

Professeur Beda Stadler
Directeur de l'Institut d'immunologie Berne
Université de Berne
Sahlihaus 2
CH-3010 Berne
Tél.: +41 31 632 35 21
Fax: +41 31 381 57 35
E-Mail: beda.stadler@insel.ch
Internet: http://www.immunology.unibe.ch/

n tant que scientifiques, nous avons dû apprendre, au cours de ces dernières années, à nous mettre dans la situation des non-spécialistes, à prendre leurs inquiétudes au sérieux et à faire preuve d'un engagement objectif dans un langage simple pour exprimer nos préoccupations. Pour un responsable politique, il n'y a là rien d'exceptionnel. Or nous, scientifiques, nous nous tournons aujourd'hui vers les politiques pour les prier - une fois n'est pas coutume - de prendre nos inquiétudes et nos soucis au sérieux. Les ébauches de réflexion qui vont suivre constituent une tentative de discussion pour envisager le génie génétique sous l'angle d'un scientifique.

Depuis l'Initiative pour la protection génétique, il existe un certain nombre de «non-sens» auxquels je me refuse à m'habituer: «Le génie génétique et ses risques imprévisibles», par exemple. Une seule recherche sur Internet à partir de cette phrase a donné près de 100 occurrences. Voilà donc une phrase qui est depuis longtemps dans toutes les bouches. S'il y a vraiment des conséquences qui ne soient pas prévisibles, ce ne sont en tout cas pas les risques, c'est tout au plus une crainte diffuse de l'avenir. Ce non-sens va souvent de pair avec un autre non-sens, à savoir: «Les légumes bio sont plus savoureux, plus sains et plus sûrs». Or, il n'existe aucune littérature scientifique qui atteste l'une de ces trois affirmations. Et il ne semble y avoir quasiment personne que cela préoccupe. Ce qui est intéressant dans ces deux non-sens, c'est qu'ils sont souvent colportés par les mêmes personnes et qu'ils sont crus par la plupart des gens.

Saviez-vous que des gens sont déjà morts en Amérique avant les scandales bio en Allemagne parce qu'ils avaient consommé du jus de pomme ou des salades bio contaminés par des bactéries fécales? Saviez-vous que des souris meurent en l'espace de huit heures si on leur fait respirer un pesticide bio utilisé partout dans le monde en agriculture biologique? Autrement dit, les légumes bio ne sont peut-être pas aussi sûrs que cela, ou bien s'agit-il ici d'une question de croyance?

Aux États-Unis, on consomme depuis plus de dix ans des aliments génétiquement modifiés. Or, il n'existe aucun cas documenté de diarrhée, de maux de tête, de toux ou de tout autre malaise léger et - comme on pouvait s'y attendre - on ne déplore aucun manquement à la sécurité. Pourtant, certains milieux ne mettent jamais assez en garde contre les aliments OGM. Les affirmations les plus absurdes sont mises en avant: on assisterait, par exemple, à une augmentation des cas d'allergie. Que valent alors les constatations de nous autres, allergologues, qui sommes en mesure de démontrer que l'on peut affirmer très exactement le contraire?

Et comment a réagi le président de la Zambie face à la sous-alimentation aiguë qui frappe son pays lorsqu'une aide alimentaire est récemment arrivée en provenance d'Amérique? «Nous préférons mourir de faim plutôt que d'empoisonner nos concitoyens», tel a été son message clair et net - il doit bien savoir de quoi il parle. Dans les aliments envoyés se trouvait en effet une petite proportion de maïs génétiquement modifié - une variété de maïs que l'on peut acheter dans n'importe quel grand magasin américain sous forme de «nachos» ou de corn-flakes. Plus de 200 millions d'Américains vivent depuis plus de 10 ans de cette alimentation «toxique», mais cela semble compter pour du beurre.

Comment s'appelait donc le joli slogan utilisé au début du débat sur les aliments génétiquement modifiés? «Nous devons avoir la liberté de choisir». Aujourd'hui, il semble bien pourtant que nous n'aurons plus bientôt que la liberté de devoir manger des produits biologiques.

Que ferons-nous lorsque le changement climatique qui progresse exigera de nouvelles plantes aux propriétés améliorées? Aurons-nous encore le temps de croiser à l'aveugle nos plantes utilitaires pendant quelques centaines d'années jusqu'à ce que - peut-être - nous disposions de nouvelles plantes mieux adaptées? Ou devrons-nous nous exercer en toute sérénité, car en définitive, il a fallu 200 ans avant que les Européens se montrent prêts à manger des pommes de terre?

Que se passera-t-il en fait après la dispersion du pollen qu'il s'agit à l'heure actuelle d'empêcher politiquement? Voulez-vous continuer presque exclusivement à discuter de cette question avec les ONG et les éthiciens? Peut-on sélectionner soi-même les experts et, en l'absence de ces derniers, décréter que chaque paysan bio est un expert en génie génétique? Nous autres, scientifiques, avons aussi maintenu le dialogue avec la population après l'Initiative pour la protection génétique. Mais qui veut vraiment nous entendre? Où sont les plates-formes que l'on a mises un jour à notre disposition? Ou bien les opinions sont-elles déjà toutes faites et, par conséquent, n'a-t-on plus besoin de nous? Désormais, il semble que seuls les anciens slogans comptent encore - même si ceux-ci ne sont pas justes. A cet égard, un dernier non-sens: «Les consommateurs ne veulent pas de nourriture géné-tiquement modifiée!», entend-on affirmer. Or, selon diverses enquêtes, quelque 30% des consomma-teurs suisses consommeraient - ou tout au moins feraient l'essai - des aliments génétiquement modifiés si ceux-ci étaient proposés à l'achat dans les magasins. Deux bons millions de Suisses sont-ils donc une minorité négligeable?

A l'Expoagricole de Morat, les visiteurs avaient le choix entre une bière bio et la bière «Cool Corn», une bière clairement désignée comme étant fabriquée à partir de maïs génétiquement modifié. Or, plus de 80% des consommateurs de bière ont choisi la bière OGM. Cela veut-il dire pour autant que personne ne veut de la bière bio?


2. Importance du génie génétique pour la recherche sur les plantes et conséquences du projet Gen-Lex pour les institutions suisses d'enseignement supérieur

Professeur Beat Keller
Directeur de l'Institut de biologie végétale
Université de Zurich
Zollikerstrasse 107
CH-8008 Zurich
Tél.: +41 1 634 82 30
Fax: +41 1 634 82 04
E-Mail: bkeller@botinst.unizh.ch

Internet:  http://www.unizh.ch/botinst/Molec_Website/bkeller_home.html
http://www.plantscience.unizh.ch/index_de.cfm

Tout comme dans d'autres domaines de la recherche biologique et biomédicale, le génie génétique fait aussi partie du quotidien de la recherche sur les plantes. Il arrive souvent que des axes de recherche prévus au départ uniquement comme projet de laboratoire débouchent sur des problèmes nouveaux d'ordre écologique et agronomique. Au premier plan figure en l'occurrence le gain de savoir scientifique - le développement d'un produit n'étant en général pas envisagé. Dans de nombreux cas, il n'est possible d'apporter de réponses concluantes aux questions soulevées qu'en procédant à des essais de dissémination, car on ne peut que très médiocrement simuler l'environnement, que ce soit en laboratoire ou en serre. Les essais de dissémination - en particulier avec des plantes génétique-ment modifiées - constituent donc un élément central et incontournable de nombreux projets de recherche pour qui veut analyser les chances et les risques de nouvelles variétés.

En Suisse règne actuellement un moratoire de facto, y compris pour les essais de dissémination à des fins de recherche. Motif: une interprétation arbitraire, interne à l'administration, de la loi sur la protec-tion de l'environnement. Dans cette situation, envisager de renforcer la pratique de l'autorisation dans la nouvelle loi sur le génie génétique (LGG) apparaît très étrange à la communauté des chercheurs. Même dans l'Allemagne gouvernée par la coalition des «rouges-verts», de nombreux essais de dissémination à des fins de recherche sont autorisés et réalisés chaque année. Il s'agit là d'un signe supplémentaire que - dans ce domaine - la pratique de l'autorisation a suivi une évolution totalement incompréhensible en Suisse.

Les chercheurs suisses en sciences naturelles (ASSN) et les spécialistes - tout particulièrement concernés - de la recherche sur les plantes rejettent le projet de LGG envisagé par la Commission du Conseil national pour les raisons suivantes:

  1. Si la question d'un moratoire commercial des plantes OGM ne touche pas directement la recherche universitaire, force est de constater - conjointement avec l'Académie suisse des sciences naturelles - qu'il n'existe aucune justification scientifique à un tel moratoire. En revanche, un moratoire commercial aurait un impact négatif auprès de la relève scientifique: en effet, chercheuses ou chercheurs, au moment de choisir leur future profession, ne se décideraient plus pour une formation dans laquelle les projets de recherche resteraient limités au domaine universitaire parce que leur mise en oeuvre serait désormais interdite. Et, bientôt, notre pays manquerait d'experts nationaux.

  2. Les articles visant à instaurer des interdictions, tels qu'ils sont formulés par la Commission du Conseil national, sont gravissimes pour la recherche menée dans les institutions suisses d'enseignement supérieur:
    a) La réduction exclusive des essais de dissémination à des projets concernant la recherche sur les risques empêche aussi bien la recherche des fondements biologiques (couleur des fleurs des plantes OGM pour étudier la régulation des gènes, par exemple) que l'étude de tous les problèmes d'ordre agronomique. Il s'agit là d'une atteinte lourde de conséquences à la liberté de recherche, qui met inutilement en danger le niveau international élevé de la recherche menée en Suisse dans le domaine de la biologie végétale. Dans ces conditions, notre pays ne pourrait plus participer à la recherche mondiale indispensable sur l'utilisation durable de plantes modifiées par génie génétique.
    b) L'obligation de justifier que l'acquisition des connaissances recherchées ne pourrait être obtenue qu'au moyen d'essais de dissémination menés avec des OGM est - selon l'inter-prétation qui en serait faite en interne par l'administration - un article purement dévastateur: une telle justification ne peut en effet jamais être apportée de manière concluante, car on ne connaît jamais à l'avance les résultats d'une recherche.
    c) L'exigence selon laquelle devrait être exclue toute dissémination des OGM est tout simple-ment impossible à satisfaire. Seul le degré supérieur de sécurité biologique existant dans la législation (BL4 pour les virus Ebola, la variole et le charbon pulmonaire, par exemple) répond à ces dispositions en système fermé. Compte tenu du fait que le comportement des plantes OGM est parfaitement prévisible et que celles-ci sont cultivées sans problèmes sur plus de 500 000 km2 dans le monde, cette exigence est incompréhensible et ne saurait se justifier du point de vue des sciences naturelles.

  3. Enfin, la LGG nécessite un article visant à préciser les buts qui ne mette pas seulement l'accent sur les risques et les utilisations abusives, mais qui souligne aussi les aspects positifs et les fortes potentialités du génie génétique.

La communauté des chercheurs spécialisés dans la recherche en biologie végétale souhaite fonda-mentalement bénéficier de la liberté de recherche pour ses travaux, comme c'est le cas dans d'autres secteurs scientifiques. Les limitations pour des raisons de sécurité et des motivations politiques doivent être scientifiquement fondées et compatibles au niveau international.


3. Mythes et réalités sur la culture de plantes transgéniques dans l'environnement

Professeur Klaus Ammann
Directeur du Jardin botanique
Université de Berne
Altenbergrain 21
CH-3013 Berne
Tél.: +41 31 631 49 37
Fax: +41 31 631 49 93
E-Mail: klaus.ammann@ips.unibe.ch

Internet:  http://www.botanischergarten.ch/start.htm
http://www.bioscope.org/
http://www.edpsciences.org/ebr/
http://www.academia-engelberg.ch/

Il est dommage que les comportements ayant trait au génie génétique soient à ce point marqués par l'esprit partisan. Le débat passionné qui s'est engagé se polarise en particulier sur la question complexe des conséquences écologiques que pourrait avoir la dissémination de plantes de culture génétiquement modifiées. De nombreuses publications scientifiques ont paru sur le sujet au cours des deux dernières années. Même si les scientifiques ne prétendent pas dans la discussion à une totale objectivité (laquelle ne saurait exister), celle-ci est toutefois clairement de mise dès lors qu'il s'agit de faits scientifiques. Et ce tout particulièrement lorsque ces faits sont - sciemment ou inconsciemment -ignorés, voire déformés de manière consciente et polémique. A cela, on ajoutera que la véracité de tels arguments n'augmente pas non plus au prétexte qu'on ne cesse de les répéter. Citons pour plus de clarté quelques exemples éclatants.

Les chenilles du papillon Monarque empoisonnées par du pollen de maïs génétiquement modifié?
Selon une étude publiée en 1999 dans la revue «Nature», le pollen de maïs génétiquement modifié est nocif pour les chenilles d'un papillon, le papillon Monarque, lorsqu'on les contraint à s'en nourrir. Menée uniquement en laboratoire, cette étude déclencha au niveau international une grande inquiétude qui persiste encore aujourd'hui. C'est ainsi qu'au sein de l'UE le gel des autorisations relatives aux plantes de culture transgéniques résistantes aux insectes doit être attribué à ces résultats. Or, les vastes essais de dissémination réalisés au cours de ces deux dernières années montrent que les variétés de maïs génétiquement modifié (maïs Bt) ne constituent nullement une menace pour le papillon Monarque et que leurs effets négatifs - à condition même qu'ils existent - pour les insectes utiles sont très faibles en plein champ. Les essais comparatifs les plus récents menés sur le terrain font même douter que l'on puisse seulement faire la distinction entre les populations d'insectes utiles des champs de maïs Bt et celles vivant dans des champs exempts de plantes Bt, champs qui - contrairement à ce qui se passe dans la réalité et à des fins de comparaison - n'avaient pas été traités par des pesticides, lesquels sont normalement utilisés dans la culture du maïs et s'avéreraient mortels pour de nombreux insectes utiles.
Cet exemple illustre bien le fait que des résultats obtenus en laboratoire dans des conditions artifi-cielles doivent impérativement être vérifiés dans le cadre d'études en plein air si l'on veut acquérir des connaissances avérées sur la situation effective dans l'environnement. Un monitorage à long terme est indiqué en cas de commercialisation à grande échelle. Il est toutefois douteux qu'il faille pour cela des programmes coûtant des millions, dans lesquels on analyse méticuleusement chaque «pourquoi». Il nous faudrait apprendre ici à distinguer entre la recherche fondamentale écologique, tout à fait passionnante, et la recherche appliquée pragmatique, laquelle peut limiter un monitorage à l'essentiel.

Risque d'invasion des plantes génétiquement modifiées?
Les opposants au génie génétique évoquent sans cesse des scénarios nés de l'idée diffuse selon laquelle le génie génétique pourrait donner lieu à des situations de risque totalement nouvelles. Mais, si l'on considère les plantes de culture transgéniques actuelles dans leur milieu réel, ces hypothèses sont dénuées de tout fondement scientifique.
L'un de ces scénarios part de l'idée qu'il se produit une dissémination incontrôlée de plantes trans-géniques dans l'environnement dès que celles-ci ont été cultivées en plein air. Mais quel est réellement l'ampleur du risque d'assister à une invasion de mauvaises herbes comme conséquence de la culture de plantes génétiquement modifiées? Bien que des variétés transgéniques soient cultivées sur plus de 60 millions d'hectares dans le monde et que des milliers d'essais en plein champ aient déjà été réalisés, il n'existe pas un seul élément apportant la preuve d'un croisement de plantes de culture transgéniques qui aurait eu des conséquences négatives pour leurs analogues sauvages. Jusqu'ici, toutes les espèces sauvages ayant reçu un transgène par croisement se sont comportées de manière totalement normale. Et les essais à long terme menés sur plus de dix ans attestent que les quatre variétés génétiquement modifiées qui ont été testées en plein champ se comportent comme leurs plantes soeurs normales. Pour la Suisse, un scénario d'envahissement peut en outre être pratiquement exclu, car, d'une part, de nombreuses plantes de culture de notre pays ne possèdent pas de partenaire naturel de croisement et, d'autre part, des disséminations dans l'environnement ne peuvent être autorisées - sur la base des ordonnances aujourd'hui en vigueur - que si le risque d'un transfert de transgènes à des analogues sauvages peut être déjà empêché.

Le pollen ne s'envole-t-il que depuis l'introduction du génie génétique?
Dans le débat public, on colporte par ailleurs souvent l'idée que les problèmes de croisement rencon-trés dans l'agriculture ne seraient apparus qu'avec l'introduction de plantes de culture génétiquement modifiées. En l'occurrence, dans le domaine de la production moderne de semences, on a appris depuis longtemps comment maintenir sur des générations la pureté de ces semences. Et il n'existe aucune raison objective de penser que cela ne serait pas tout aussi possible avec les plantes de culture transgéniques.
Le croisement est un processus naturel, qui dépend de nombreux facteurs comme le vent et les conditions climatiques et qui est loin d'être identique pour toutes les plantes de culture. Il importe donc de faire la différenciation. S'agissant de surfaces voisines cultivées avec des variétés traditionnelles, il faut traiter le problème d'un croisement possible - surtout en ce qui concerne une agriculture aux espaces restreints comme c'est le cas en Suisse - en respectant des distances de séparation suffisantes et des normes de tolérance.
On s'étonnera donc de voir à quel point les adversaires du génie génétique opèrent de manière indifférenciée lorsqu'ils échafaudent des scénarios de croisement comme si toutes les plantes de culture de ce pays pouvaient causer les mêmes problèmes. Ce faisant, ils négligent le fait que - en raison de la biologie spécifique de leur floraison - les pommes de terre, le blé, l'orge, par exemple, et bien d'autres encore, sont dans l'impossibilité absolue de se croiser. En ce qui concerne le maïs, nous savons par les producteurs de semence qu'une distance d'une centaine de mètres suffit pour réduire le taux de croisement à un taux insignifiant. En revanche, il en va différemment des espèces allogames, comme le colza ou le seigle, dont les pollens ont une longue durée de vie et peuvent être transportés sur de grandes distances. Mais, même dans le cas des espèces allogames, de nouvelles solutions se dessinent: Un groupe de chercheurs mondialement connus de l'ETH de Zurich s'efforce de fixer génétiquement chez les plantes de culture la formation spontanée de semences (une forme de reproduction sans pollinisation fréquemment présente dans la nature), ce qui permettrait de prévenir un croisement. Ces scientifiques ne devraient-ils pas avoir le droit de tester aussi en plein champ les résultats de leurs recherches?
La toute récente décision du Conseil fédéral, qui met fortement en doute le refus de l'essai du blé en espace limité et qui soutient en outre la position de la Commission fédérale pour la sécurité biologique en faveur d'une plus grande pondération de l'évaluation du risque scientifique, suscite des espoirs légitimes.
Parallèlement à la recherche scientifique sur la sécurité, qui a précisément fait de gros progrès ces dernières années, il s'agit aussi de considérer les aspects sociaux, éthiques et culturels. Cela vaut également pour la garantie de la liberté de choix des agriculteurs et des consommateurs, étant entendu qu'ici le concept de liberté de choix est pris au pied de la lettre et non pas considéré comme un camouflage pour une stratégie d'interdiction unilatérale, non conforme à la Constitution, vis-à-vis du génie génétique.

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