1. Préface de Kurt Bodenmüller, ancien Directeur de la Fondation Gen Suisse
Peu de branches de la recherche au sein des biosciences se développent avec autant de dynamisme que la recherche sur les cellules souches. Dans les médias, on voit se succéder à intervalles réguliers les annonces de succès relatifs à de nouveaux traitements, les avis critiques et les préoccupations éthiques. Fin 2007, il a fallu définitivement abandonner un dogme biologique - à savoir l'impossibilité de reprogrammer des cellules. Deux équipes de chercheurs, au Japon et aux Etats-Unis, ont en effet réussi - grâce à l'adjonction de quatre gènes - à ramener des cellules de la peau matures à un stade quasi embryonnaire. Ces cellules souches pluripotentes induites (dites cellules iPS), très similaires aux cellules embryonnaires, ont suscité de nombreuses vagues bien au-delà du monde des spécialistes.
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| Si l'on cultive des cellules souches embryonnaires (photo) comportant les facteurs adéquats, on peut obtenir différents types cellulaires matures. L'équipe du Professeur Karl-Heinz Krause étudie la manière dont on peut cultiver un type spécifique de cellules nerveuses pour pouvoir un jour les utiliser dans le traitement de la maladie de Parkinson. Source: Dr Olivier Preynat-Seauve |
La fascination exercée par les cellules souches embryonnaires réside dans leur aptitude à se transformer en chacun des quelque 200 types cellulaires de l'organisme humain. Or, c'est précisément cette aptitude qui intéresse les chercheurs. Ils étudient quelles sont les conditions nécessaires pour que les cellules souches se développent en cellules cardiaques, nerveuses, musculaires ou productrices d'insuline. La compréhension de ces processus biologiques fondamentaux ouvre de nouvelles possibilités à la médecine: grâce à des thérapies dites de «remplacement cellulaire», les chercheurs veulent à l'avenir traiter des maladies comme le diabète, dans lesquelles certains types cellulaires sont absents ou ne fonctionnent pas. Dans le ci-après entretien, le Professeur Karl- Heinz Krause décrit un exemple d'une telle démarche thérapeutique appliquée à la maladie de Parkinson.
Le chemin menant de la recherche fondamentale sur les cellules souches embryonnaires à des thérapeutiques efficaces est semé d'embûches. Les chercheurs sont conscients qu'un long travail de laboratoire sera encore nécessaire avant que nous puissions compter sur des applications cliniques. Et la culture des cellules iPS n'a pas non plus rendu plus simples les questions éthiques qui se posent. Ce serait un tort de penser que la science pourrait désormais renoncer aux cellules souches embryonnaires que certains contestent. Seules des analyses détaillées et des comparaisons à long terme avec des cellules souches embryonnaires montreront s'il est effectivement possible de les remplacer par des cellules iPS.
En Suisse, depuis 2005, la loi relative à la recherche sur les cellules souches fixe de sévères conditions cadres légales pour la recherche sur les cellules souches embryonnaires humaines. Est autorisée leur production à partir d'embryons surnuméraires obtenus dans le but d'une fécondation artificielle, mais qui ne sont plus utilisés à cette fin. Un seul et unique projet s'est consacré jusqu'ici à cet objectif: un groupe de recherche de l'Université de Genève est parvenu à produire une lignée de cellules souches embryonnaires humaines. Six autres projets, autorisés par l'Office fédéral de la santé publique, travaillent sur des lignées cellulaires importées. Si la Suisse veut rivaliser à l'échelle internationale, les chercheurs devraient avoir également accès à des embryons surnuméraires frais - ce qui est pratiquement impossible à l'heure actuelle. Pour cela, la loi relative à la recherche sur les cellules souches et la loi sur la procréation médicalement assistée devraient être rediscutées. Dans le second entretien, le Professeur Alberto Bondolfi explique à quel point ce sujet représente un défi, en particulier en matière d'éthique.
Kurt Bodenmüller - ancien Directeur de la Fondation Gen Suisse
2. Interview avec Professeur Karl-Heinz Krause Directeur d'un groupe de recherche au Département de pathologie et d'immunologie de la Faculté de médecine de l'Université de Genève et au Département de médecine génétique et de laboratoire de la Clinique universitaire de Genève / Homepage
![]() | «Grâce aux cellules souches embryonnaires, nous avons accompli d'excellents progrès.» |
Monsieur Krause, que sont des cellules souches?
Les cellules souches sont des cellules précurseurs
qui, d'une part, génèrent des cellules fonctionnelles
et, d'autre part, se renouvellent ellesmêmes.
Les cellules fonctionnelles sont les
cellules spécialisées de notre organisme - les
cellules nerveuses, musculaires ou cutanées, par
exemple. On les appelle aussi cellules différenciées.
Les cellules souches n'ont par conséquent
pas de fonction spécialisée, mais servent de pourvoyeuses
d'autres cellules souches et de cellules
qui se développent ensuite en cellules matures.
Quelle est la différence entre cellules souches embryonnaires et cellules souches adultes?
Seules les cellules souches embryonnaires ont la
capacité de générer tous les types de cellules d'un
organisme. On parle de pluripotence. C'est ce qui
les rend uniques. Elles proviennent du blastocyste,
un stade très précoce du développement
embryonnaire. Les cellules souches adultes, en
revanche, sont des cellules précurseurs plus spécifiques,
que l'on trouve dans l'organisme adulte.
Elles ne génèrent que le tissu dans lequel elles
sont présentes.
Sur quoi les recherches de votre équipe portentelles?
Nous voulons comprendre le développement du
système nerveux humain. Il nous intéresse particulièrement
de savoir quels sont les facteurs
nécessaires au développement d'un certain soustype
de cellules nerveuses, les soi-disant cellules
dopaminergiques. Ces cellules font défaut chez
les patients souffrant de la maladie de Parkinson.
Notre objectif à long terme est d'injecter aux parkinsoniens
les cellules dopaminergiques que nous
cultivons à partir de cellules souches embryonnaires
afin de corriger ce déficit. Dans le cadre du
projet interdisciplinaire genevois sur la maladie
de Parkinson, le groupe de travail étudie comment
de telles cellules peuvent trouver une application
en médecine clinique. Grâce à la recherche sur
les cellules souches embryonnaires, nous avons
accompli d'excellents progrès.
Comment jugez-vous les conditions cadres légales en Suisse?
De la part des scientifiques, la loi relative à la recherche
sur les cellules souches a été jugée très
positive, car tous étaient heureux d'avoir enfin une
base juridique claire. Par rapport à la Grande-
Bretagne, la loi est certes très restrictive, mais -
pour ce qui me concerne - je peux mener mes
recherches dans de bonnes conditions. Pour ce
qui est toutefois de la production de nouvelles
lignées de cellules souches embryonnaires, la loi
permet en théorie d'utiliser des embryons surnuméraires,
mais - dans les faits - nous sommes
très limités.
Qu'est-ce que cela signifie concrètement?
Il existe deux sources d'embryons surnuméraires:
d'une part, la recherche a accès à ceux qui avaient
été congelés avant 2001 et qui sont en partie
conservés depuis déjà plus de 15 ans. Cependant,
du fait du processus de congélation, ces embryons
étaient de mauvaise qualité. La seconde et unique
source d'embryons frais pour la production de
cellules souches réside dans les embryons qui
sont préparés pour un transfert dans le cadre
d'une fécondation artificielle, mais qui ne peuvent
pas être utilisés au dernier moment. Cela peut arriver
lorsque la receveuse tombe brusquement
malade ou lorsque l'embryon est manifestement
défectueux. Ce type de cas est extrêmement rare
et réclame une action immédiate. Tous les ovules
fécondés qui sont congelés au cours des 24 premières
heures de leur vie dans le cadre de la procréation
médicalement assistée sont exclus de la
recherche par la loi. Même si ces ovules imprégnés
ne sont jamais utilisés et s'ils n'ont donc
aucune chance de survie. Le problème est que ces
«pré-embryons» n'ont pas le statut d'embryon
surnuméraire. Combiné avec le manque de soutien
financier, cet aspect rend difficile le travail
des chercheurs suisses. C'est pourquoi le statut
de l'embryon doit être revu et correctement défini
dans la loi.
L'interdiction du clonage thérapeutique a-t-elle des répercussions sur la recherche dans notre pays?
Je ne pense pas que le transfert nucléaire soit
quelque chose de non éthique, et je serais favorable
à ce que cette technique soit également autorisée
en Suisse. Le grand potentiel du transfert
nucléaire réside dans le fait qu'il est possible de
générer des lignées de cellules souches qui sont
génétiquement identiques à celles du patient et
qui ne sont donc pas rejetées par l'organisme en
cas de transplantation. Toutefois, le taux de succès
de cette technique est relativement faible. Désormais,
les cellules souches pluripotentes induites
offrent une alternative très prometteuse.
Qu'est-ce que les cellules souches pluripotentes induites?
Chaque cellule différenciée de notre organisme
présente des propriétés et des capacités très spécifiques.
On pourrait également dire qu'elle possède
un programme génétique bien déterminé.
Dans une cellule musculaire, par exemple, il s'agit
d'un programme spécifique des muscles. Il y a encore
un peu plus d'une dizaine d'années, on pensait
qu'il était impossible de retransformer en
cellules non spécialisées pluripotentes des cellules
fonctionnelles différenciées. On appelle cela
«reprogrammer». En 1997, on a cloné la brebis
Dolly: on a transféré dans un ovule préalablement
énucléé le noyau d'une cellule somatique spécialisée,
ce qui a donné lieu à un embryon viable. La
naissance de la brebis Dolly a clairement montré
que la reprogrammation était chose possible. La
question était désormais la suivante: quels facteurs
et combien d'entre eux fallait-il pour cela?
Les chercheurs ont aujourd'hui montré que l'adjonction
de seulement quatre gènes permet de
reprogrammer les cellules cutanées pour en faire
des cellules très similaires aux cellules souches
embryonnaires. Ces cellules sont appelées cellules
souches pluripotentes induites (cellules iPS),
afin de les différencier des cellules souches embryonnaires
également pluripotentes. On étudie
maintenant si les cellules iPS peuvent être à nouveau
développées en cellules spécialisées, à l'instar
des cellules souches embryonnaires.
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Les embryons surnuméraires issus de la fécondation in vitro:
les cellules prélevées à l'intérieur de la minuscule sphère
cellulaire peuvent être cultivées en laboratoire sous forme de
lignées de cellules souches. Si l'on y ajoute des facteurs
spécifiques de croissance, on obtient le développement de types
cellulaires spécialisés. Le transfert nucléaire (clonage thérapeutique): le noyau cellulaire d'un patient est ramené au stade embryonnaire. Pour cela, le noyau est injecté dans l'ovule énucléé, l'ensemble «noyau/ovocyte» fusionnant alors. A partir des blastocystes qui se forment, on peut ensuite obtenir des cellules souches qui présentent les mêmes propriétés génétiques que celles du patient. Les cellules souches pluripotentes induites (cellules iPS): les cellules somatiques matures d'un donneur sont transformées en laboratoire en cellules iPS par adjonction de plusieurs facteurs. Jusqu'à présent, cela s'est fait par le transfert de trois ou quatre gènes. L'objectif poursuivi est de reprogrammer les cellules sans modification génétique (p.ex. avec des protéines). |
Quel est l'avantage des cellules iPS, par exemple dans l'optique d'une application thérapeutique?
Il est prématuré d'envisager une utilisation thérapeutique
des cellules iPS. Elles sont encore trop
peu caractérisées et ne sont pas assez sûres pour
cela. On ignore également si elles se comporteront
à long terme comme les cellules souches
embryonnaires. Un facteur d'incertitude réside
dans la manière dont les cellules iPS sont produites.
Pour l'instant, on achemine les quatre facteurs
jusqu'aux cellules fonctionnelles à l'aide de
vecteurs de gènes similaires à des virus. Ces vecteurs
peuvent modifier le patrimoine génétique et
présentent de ce fait un risque pour la sécurité.
Les cellules iPS pourraient par exemple dégénérer
en cellules cancéreuses. Si l'on parvient à
surmonter ces obstacles, les cellules iPS constitueraient
une source remarquable de cellules
souches embryonnaires qui permettraient de
se passer du recours - éthiquement contesté - à
des embryons ou de la technique du transfert
nucléaire. Mais, pour l'instant, nous ne pouvons
renoncer à aucune de ces options. Ne l'oublions
pas: le développement des cellules iPS n'a été
possible qu'à partir des travaux menés sur des
cellules souches embryonnaires.
Quelles possibilités les cellules souches adultes offrent-elles? Elles sont déjà utilisées couramment en clinique.
C'est exact. Les cellules souches de la moelle épinière
sont déjà utilisées depuis longtemps. Pour
certains tissus - la peau, les tissus graisseux, les
cartilages et les os, par exemple -, les cellules
souches adultes semblent prometteuses. Pour
d'autres tissus - tels que le cœur, les muscles et
les nerfs -, leur emploi est limité ou ne fonctionne
tout simplement pas. Ici, on place ses espoirs
dans les cellules souches embryonnaires. Ces espoirs
sont d'ailleurs réalistes: dans le traitement
de la maladie de Parkinson par des cellules souches
embryonnaires, l'expérimentation animale a
donné de très bons résultats. Et, pour revenir au
projet genevois sur la maladie de Parkinson, nous
espérons pouvoir lancer des études cliniques
dans trois ou quatre ans.
En conclusion, un bref coup d'œil sur l'avenir: sur quels sujets les recherches sont-elles intensifiées?
La production à la demande d'un type de cellules
en culture pure est actuellement l'un des objectifs
primordiaux. Non seulement cela présente un intérêt
pour la recherche fondamentale, mais cela
s'avère également essentiel pour d'éventuelles
applications thérapeutiques. Un autre domaine
de recherche réside dans l'obtention de tissus
complexes. Cette tâche constitue un très gros défi,
car différents types de tissus doivent communiquer
entre eux et être spatialement correctement
agencés.
3. Interview avec Professeur Alberto Bondolfi, Professeur d'éthique à l'Université de Lausanne et membre de la Commission nationale d'éthique dans le domaine de la médecine humaine / Homepage
![]() | «Le respect de la vie est plus judicieux que la méfiance systématique.» |
Monsieur Bondolfi, comment le débat a-t-il évolué
depuis l'adoption de la loi relative à la recherche
sur les cellules souches en 2005?
Il n'y a pas eu - et il n'y a toujours pas - de grand
débat, en particulier à l'échelon politique. Et ce,
bien que la loi le prescrive: selon l'article 23 de la
loi exigeant que les mesures prises fassent l'objet
d'une évaluation, un rapport doit en effet être rédigé
au plus tard dans les cinq ans à l'intention du
Conseil fédéral. Le débat se déroule avant tout
parmi les chercheurs et les éthiciens. D'une part,
les scientifiques sont satisfaits de pouvoir travailler
sur des cellules souches embryonnaires.
Dans le même temps, toutefois, ils sont confrontés
à des difficultés techniques et considèrent
qu'il est nécessaire d'apporter des changements
à la législation en vigueur. D'autre part, il est réjouissant
de constater qu'ils sont parfaitement
conscients de la dimension éthique du sujet. En ce
qui concerne le grand public, il y a encore un grand
besoin d'explication et de discussion en Suisse.
Quels sont les aspects éthiques qui figurent au
premier plan dans la production de cellules souches
provenant d'embryons?
On se trouve ici en présence de deux positions
fondamentalement opposées: l'une place la protection
de l'embryon humain au-dessus de tout;
l'autre considère la recherche sur les cellules
souches comme une recherche certes délicate,
mais qui - compte tenu de son potentiel thérapeutique
- doit être autorisée tout en étant strictement
encadrée. Ce qui est ici déterminant, c'est
que le couple concerné donne son consentement
aux chercheurs pour qu'un embryon surnuméraire
soit consacré à la production de cellules
souches. Pour ma part, je pense que, du point de
vue de la dignité de l'être humain, un embryon ne
doit pas être mis sur le même plan qu'une personne
adulte ou un enfant nouveau-né. La majorité
du peuple suisse est en faveur de ce point de vue.
Quel est le statut d'un embryon humain?
Lors du débat sur la loi relative à la recherche sur
les cellules souches, nous avons pu en partie nous
épargner de répondre à la difficile question
«Qu'est-ce qu'un embryon?». Il y avait des embryons
surnuméraires qui avaient été congelés
avant 2001 et qui, selon la loi sur la procréation
médicalement assistée, auraient de toute façon
dû être détruits au bout d'un certain temps.
Lorsqu'une loi prévoit la destruction obligatoire
des embryons surnuméraires, la protection de
ces derniers ne peut toutefois pas avoir été comprise
dans un sens absolu. Mais nous devons
aujourd'hui nous poser des questions plus précises,
car les rapports entre la loi sur la procréation
médicalement assistée et la loi relative à la recherche
sur les cellules souches apparaissent de
plus en plus clairement. La recherche doit-elle
avoir également accès à des embryons frais?
Voulons-nous autoriser le diagnostic préimplantatoire,
qui permet d'examiner un embryon à la
recherche de maladies héréditaires ou d'anomalies
chromosomiques avant son transfert dans
l'utérus? Si oui, nous devons revoir notre conception
de ce qu'est un embryon surnuméraire.
Des chercheurs sont parvenus récemment à
ramener des cellules somatiques à un stade
quasi embryonnaire. Quel est le statut éthique
des cellules iPS?
La mise sur le même plan de deux types cellulaires
est problématique, car on ne sait pas encore
s'ils possèdent réellement les mêmes propriétés.
Si les cellules iPS devaient effectivement présenter
les qualités et le potentiel des cellules souches
embryonnaires, on placerait en elles les mêmes
attentes thérapeutiques. Dans ce cas, la recherche
pourrait renoncer à utiliser des embryons
humains pour produire des cellules souches
embryonnaires. D'un point de vue éthique, les
cellules iPS n'ont selon moi aucun statut particulier.
Etant donné qu'elles peuvent être produites à
partir de cellules somatiques, elles ont le statut
de matériel biologique, comparables à des cellules
souches adultes.
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| L'adjonction de facteurs appropriés permet d'obtenir en laboratoire des cellules nerveuses matures à partir de cellules souches embryonnaires. Aspect caractéristique des cellules nerveuses: les longs prolongements des corps cellulaires. Source: Dr Olivier Preynat-Seauve | |
Une autre méthode est celle du transfert nucléaire. Comment jugez-vous cette technique?
D'un point de vue éthique, le débat sur le transfert
nucléaire rappelle la question des universaux, qui
avait déjà été posée au Moyen Age: pouvons-nous
dire que l'amas de cellules résultant du transfert
nucléaire n'est pas un embryon parce que nous
n'avons jamais l'intention d'en laisser naître la
vie? Ou l'amas de cellules est-il un embryon humain
comme n'importe quel autre parce qu'il
aurait une chance minime de devenir un être vivant?
Pour ma part, je pense que ces êtres embryoïdes
ne peuvent pas être assimilés à des embryons
humains. Mais le débat en est encore chez
nous à ses premiers balbutiements.
Quelle attitude éthique pourrait-on adopter visà-vis de ces questions complexes?
Il y a quelque 200 ans, le théologien allemand
Rudolf Otto a défini la religion comme relevant du
«fascinosum» et du «tremendum». Je pense que
la même chose s'applique à ce débat: nous sommes
déchirés entre fascination et peur. Mais la
peur seule est mauvaise conseillère. Le respect
de la vie me semble être infiniment plus judicieux
que la méfiance systématique à l'égard des sciences
de la nature.
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dernière changement: 2009-03-05 17:25:56