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Lundi 24 novembre 2008, de 09.30 heures à 12.45 heures, réunion suivie d'un buffet debout
« Mediensaal », « Kornhausforum », Kornhausplatz 18, 3011 Berne
1. Biologie synthétique : le (long) chemin menant au bioingénieur - et les défis en matière de politique de recherche
Professeur Sven Panke, Institut pour les techniques de processus, EPF de Zurich (à partir du 1.1.2009 : « Department for Biosystems Science and Engineering », EPF de Zurich, Bâle)
Les buts à long terme de la biotechnologie sont divers : la production de médicaments intelligents, le gain en énergie propre à partir de matières premières renouvelables, le design de substances thérapeutiques taillées sur mesure, la pratique de la chimie propre et la production de liaisons nouvelles et complexes. Jusqu'à présent, les biotechnologies ont amélioré avec succès certaines prestations de la nature (pénicilline, production d'éthanol) ou ont procédé à des changements modérés au niveau de systèmes biologiques (production d'anticorps). Cependant, il règne une grande divergence entre, d'un côté les buts et de l'autre, les actuelles possibilités biotechnologiques. Le dilemme de la biotechnologie est la complexité des catalyseurs utilisés (bactéries, levures). La motivation de la biologie synthétique est donc de remodeler des processus ou des manipulations afin que les buts souhaités soient atteints.
Afin d'atteindre ceux-ci, la biologie synthétique choisit une approche similaire à toute science de l'ingénieurerie: les ingénieurs utilisent des éléments standard (par exemple des transistors) et les assemblent en des systèmes complexes sur la base de modèles mathématiques ou de schémas de production. La biologie synthétique tente de procéder au niveau de systèmes biologiques de cette même manière, systématique et partiellement simplifiée, et étudie si et comment il est possible de construire des unités complexes, comme les cellules, à partir d'éléments standards (ADN).
La base et la force motrice de la biologie synthétique sont les importants progrès de la synthèse chimique d'ADN. Il est possible aujourd'hui de produire des bouts d'ADN et de les assembler avec une énorme capacité. Le dernier sommet a été atteint en 2007 par le Craig Venter Institute avec la synthèse chimique du génome du plus petit être vivant, Mycoplasma genitalium (580'000 paires de bases).
Afin de produire de manière reproductible le comportement attendu de systèmes, la biologie synthétique essaie de définir les éléments biologiques au niveau de l'ADN. Des protocoles standards (automatisables) doivent assurer que ces éléments puissent être assemblés pour finalement amener à la conception de génomes entiers.
Un autre défi est la production avec succès des éléments constitutifs des systèmes biologiques (cellules). Même de simples cellules disposent d'importants réseaux de connections qui ne permettent l'importation de nouvelles fonctionnalités que dans certains contextes. Les réseaux complexes à l'intérieur d'une cellule ne sont pas encore connus et sont étudiés par les biologistes des systèmes. La modification d'un seul gène influence déjà le réseau d'une cellule. Il est donc difficile de prédire exactement le comportement résultant de la modification de tout un élément.
Au moyen de différentes approches, on tente de relier les réseaux et de les rendre contrôlables. Une première approche consiste en l'élaboration de génomes réduits aboutissant à la question du « génome minimal ». Le génome minimal doit exclusivement être réduit au niveau de gènes absolument nécessaires au fonctionnement de la cellule. Des calculs théoriques ont permis d'évaluer le nombre de ces gènes à 200. Une seconde approche consiste à travailler dans un système in vitro. Finalement, on pourrait construire un «monde parallèle» à l'intérieure d'une cellule : on programme des interfaces chimiques permettant la mise en place de petits réseaux synthétiques représentant des fonctions cellulaires tout en restant en dehors du contexte cellulaire.
Jusqu'à aujourd'hui, la jeune science de la biologie synthétique a enregistré quelques petits succès, par exemple, un précurseur du médicament contre la malaria, Artemisinin, peut être de nos jours produit dans des levures. De plus, elle réussi déjà à copier de simples circuits logiques tels que des oscillateurs de protéines et des modèles de bactéries programmés spatialement.
La biologie synthétique n'est pas une technologie mûre et établie. La biologie synthétique englobe des projets de recherche interdisciplinaires et constitue un des plus ambitieux développement de la biotechnologie depuis 10-20 ans.
L'histoire de la biologie synthétique
La conférence « biologie synthétique 1.0 » (2004, Boston, USA) marque la naissance de la biologie synthétique. Deux ans plus tard déjà, lors de la conférence « biologie synthétique 2.0 » (Berkley), des ONGs émettent de fortes critiques. Au cours de cette deuxième conférence, des aspects socio-économiques et éthiques ont été repris et discutés, également par les scientifiques eux-mêmes. Au cours des conférences suivantes (« biologie synthétique 3.0 » à Zurich et « biologie synthétique 4.0 » à Hongkong), la « communauté » se montre prête à réagir de manière proactive et revendique des discussions dans le cadre d'activités multiples.
Alors que les USA peuvent être considérés comme le berceau de la biologie synthétique, l'Europe leur a emboîté le pas rapidement. La biologie synthétique a été lancée, non pas au niveau national (étonnement), mais au niveau européen. Avec la participation et la coordination de plusieurs projets de l'union européenne, L'EPF de Zurich a endossé, dans toute l'Europe, une position de leader au niveau scientifique mais aussi au niveau didactique.
2. Questions éthiques posées par la biologie synthétique - un débat intégré est-il possible ?
Nikola Biller-Andorno, Professeure de médecine, Dr phil. ; Institut d'éthique biomédicale, Université de Zurich
Des sources propres d'énergie, le développement de médicaments à bas coûts sont des domaines dans lesquels la biologie synthétique propose d'attrayantes perspectives. En même temps, elle pose aussi les questions suivantes : «Jusqu'à quel point peut-on aller ? Quels risques sont associés au développement de nouvelles technologies ?».
SYNBIOSAFE est un projet scientifique international multidisciplinaire, encouragé dans le cadre du 6e programme de la Commission européenne. Le but du projet est de définir les questions d'éthique et de sécurité que la biologie synthétique soulève et de lancer le débat. Les points centraux de ce débat doivent être définis dans un priority paper, travaillé avec l'aide d'entretiens entre experts, d'une e-conférence et de feedbacks de la part des chercheurs et des scientifiques de l'ELSA (Ethical, Legal and Social Aspects).
En ce qui concerne les entretiens entre experts, 20 scientifiques ayant été encouragés à y prendre part dans le cadre du 6e programme de la Commission européenne, ont été interrogés. Parmi eux se trouvent des biologistes mais aussi des ingénieurs, des chimistes, des généticiens, des mathématiciens, des physiciens et des informaticiens. Les entretiens devaient poser la question suivante : «Quels sont les questions importantes qui se posent en rapport avec la biologie synthétique?».
Afin de stimuler des débats étendus et sur la base des entretiens entre experts, une e-conférence a été préparée. Cette dernière a été annoncée sur divers websites et au cours de divers meetings de biologie synthétique. 23 pays (50% européens) et 124 personnes ont participé, pour la plupart des chercheurs et scientifiques de l'ELSA. Les points discutés étaient issus des domaines de l'éthique, de la protection et de la sécurité, de la propriété intellectuelle, de la législation et de la perception publique.
L'éthique, point central de la conférence, s'est penchée sur des questions telles que : « Qu'est-ce qui différencie la vivant d'une machine réplicative ? », « A quel moment un chercheur devient-il un créateur ? ». Par la suite, l'importance des débats éthiques sur la biologie synthétique a été discutée et la question posée de l'action possible de la biologie synthétique sur le fossé qui règne entre les pauvres et les riches.
Les aspects traités dans l'e-conférence ont été finalement regroupés en un priority paper autour de 3 thèmes centraux :
Qu'est-ce que la nature ? A quel point l'ADN est-il important pour notre soi et notre dignité ? Où s'arrête la science et où commence la création ? La souffrance n'appartient-elle pas à l'existence humaine? - ces questions sont centrales lors de débats éthiques sur la biologie synthétique mais ont cependant peu de perspective sur un consensus normatif. Toutefois, basé sur un débat ouvert, les conditions générales pour l'élaboration d'un processus stratégique transparent devraient être rendues possibles.
Le priority paper a été présenté au cours du 4e Congrès international sur la biologie synthétique SB 4.0, à Hongkong. Schmidt M et al : The Societal Aspects of Synthetic Biology : A Priority Paper. Third Draft.
3. La perception de la biologie synthétique par les médias - et ce que l'on peut en déduire
Markus Hofmann, journaliste, NZZ
Il n'existe actuellement aucun débat public sur la biologie synthétique en Suisse. Depuis quelques années paraissent ici et là des articles sur ce nouveau domaine de la recherche. Dans le contexte du congrès SB 3.0, en particulier, organisé à l'EPF de Zurich durant l'été 2007, différents journaux ont évoqué la biologie synthétique.
Leurs articles contiennent des concepts et des métaphores qui sont caractéristiques des discours tenus sur le thème des nouvelles technologies. On assiste fondamentalement à deux positions qui s'affrontent : des promesses du côté de la science et de l'industrie, des craintes du côté de groupes organisés, explicitement critiques vis-à-vis de la science (groupe ETC, Groupe suisse de travail sur le génie génétique/SAG) ; les opinions exprimées par les ONG sont souvent amalgamées sans esprit critique avec le point de vue de la population (alors que, dans le cas de la biologie synthétique, on ne peut même pas s'appuyer sur de quelconques enquêtes). On fait état des craintes que ressent la population et, dans le même temps, on affirme que cette même population ignore encore pratiquement tout de la biologie synthétique. Et l'on cite des scientifiques qui parlent de « révolution », tout en étant incapables de dire où celle-ci pourrait mener. Ce type de confrontation survient régulièrement lors des débats sur les nouvelles technologies.
Une bande dessinée, traduite de l'américain en allemand par les soins de la SCNAT, a suscité une certaine excitation médiatique. Mais l'interprétation de la bande dessinée dépend des a priori de l'observateur. Si celui-ci la lit en portant un regard nettement critique sur la science, il peut y voir confirmées les pires de ses craintes. Mais la bande dessinée peut se lire aussi tout autrement, à savoir comme l'expression de la joie d'expérimenter, de l'intérêt porté à la science, de la disposition à apprendre, etc.
Les titres des articles passés en revue sont constamment provocateurs. Exemples : « Auf dem Baummarkt des Lebens » (Baz 2.12.05), « Lego-Basteln für Genetiker » (MLZ 15.12.05), « Die Neuerfindung des Lebens » (Spiegel 14.8.06) « Wir fangen ein neues Leben an » (Weltwoche 23.2.06), « Organismen vom Reissbrett » (NZZ 23.8.06), « Die Maschine lebt » (Woz 12.7.07), « Der neueste Bio-Schocker » (Mittelandzeitung 11.7.07). On y propose ainsi l'image d'un ingénieur qui bricole avec la vie. Des expressions techniques, telles que « biobriques » soulignent cette impression. Ce qui me semble important dans ce contexte, c'est la notion de la vie, à laquelle on peut relier les questions morales les plus diverses. A cet égard, la biologie synthétique convient bien pour débattre de convictions de société qui, au fond, ont peu à voir avec la science elle-même. Ainsi la biologie synthétique pourrait-elle venir suppléer les conflits de société, comme cela a été déjà le cas pour la nanotechnologie, voici quelques années.
Pour être à même d'affronter ces débats, la science ne doit pas se contenter de transmettre de l'information, elle doit avant tout et surtout créer aussi de la confiance. Et ce sont des scientifiques qui, en se montrant crédibles, sont le mieux à même de le faire.
4. Curriculums vitæ des intervenants
Prof. Dr Sven Panke
Coordonnées
Prof. Dr Sven Panke
professeur extraordinaire de techniques des bioprocédés
EPF Zürich
CNB E 122.1
Universitätstrasse 6
CH-8092 Zürich
Phone: +41 44 632 04 13
Fax: +41 44 632 19 93
E-mail: panke(at)ipe.mavt.ethz.ch
Le Professeur Sven Panke est professeur extraordinaire de techniques des bioprocédés à l'EPF de Zurich. A dater du 1.1.2009, il renforcera le nouveau « Department for Biosystems Science and Engineering » (BSSE) de l'EPFZ, à Bâle. Après une formation de biotechnologiste à l'Université technique de Brunswick (Allemagne) et des séjours de recherche dans la Société de recherche biotechnologique, à Brunswick, ainsi qu'au « Centro de Investigaciones Biologicas », à Madrid, il passe sa thèse de doctorat à l'Institut de biotechnologie de l'EPF de Zurich. A l'issue d'un séjour de deux ans dans l'entreprise de chimie et de biotechnologie DSM, aux Pays-Bas, il rentre en 2001 à l'EPF comme professeur assistant, puis est promu professeur extraordinaire en 2007. Depuis 2004, Sven Panke participe à 4 projets européens de coopération sur la biologie synthétique, dont 3 sont menés sous sa direction ; il est par ailleurs à l'origine d'un nouveau cycle de soutien européen sous l'égide de la « European Science Foundation ». Il a compté au nombre des organisateurs du Congrès « Synthetic Biology 3.0 » durant l'été 2007à Zurich et a été membre du groupe de la Commission de l'UE, à Bruxelles, sur le thème de la biologie synthétique.
Nikola Biller-Andorno, Professeure de médecine, Dr phil.
Coordonnées
Prof. Dr med. Dr phil. Nikola Biller-Andorno
Professeure ordinaire d'éthique biomédicale
Institut für Biomedizinische Ethik
Universität Zürich
Zollikerstr. 115
CH-8008 Zürich
T: +41 44 634 83 80/81
F: +41 44 634 83 89
E: biller-andorno(at)ethik.uzh.ch
Baccalauréat au Christian-Ernst-Gymnasium d'Erlangen (1,0). Etudes de médecine à l'Université d'Erlangen-Nuremberg (diplôme fédéral 1996, Dr en médecine 1997) ainsi qu'études de philosophie et de sciences sociales à la « Fernuniversität » (Université à distance) de Hagen (M.A. 1996, Dr phil. 2001) ; dans les deux cas, diplôme de fin d'études avec les meilleures notes. Séjours d'études aux Universités d'Oxford, d'Edimbourg, McGill (Montréal), de Harvard et de Genève ; encouragement par la « Studienstiftung des deutschen Volkes » (Fondation d'études du peuple allemand), le « Bayerisches Stipendium für Hochbegabte » (Fonds bavarois pour jeunes gens particulièrement doués), le « Stifterverband für die deutsche Wissenschaft » (Association des donateurs pour la science allemande) et le DAAD (Deutscher Akademischer Austauschdienst/Office allemand d'échanges universitaires). En 1997-98, Visiting Scholar au « Program for Humanities in Medicine » de l'Université de Yale et « Postdoctoral Research Fellow » à la « Harvard Medical School ». 1998 - 2002 : assistante, puis maître-assistante au Département d'éthique et d'histoire de la médecine de l'Université de Göttingen ; habilitation pour la spécialité d'éthique médicale et de théorie de la médecine. 2002 - 2004 : éthicienne à l'Organisation mondiale de la santé (OMS), à Genève. 2004 - 2005 : professeure et directrice de l'Institut d'éthique et de médecine, Faculté de médecine Charité de Berlin (C3).
Depuis octobre 2005 : professeure ordinaire d'éthique biomédicale à l'Université de Zurich. Depuis 2007 : directrice de Institut d'éthique biomédicale. Membre de la Commission d'éthique de l'Université de Zurich et de la Commission centrale d'éthique de l'Académie suisse des sciences médicales. Membre du Comité directeur de la Société suisse d'éthique biomédicale ainsi que du « Board of Directors » de l'« International Association of Bioethics » et de l'Académie d'éthique de médecine. « Deputy Editor » du « Journal of Medical Ethics ».
Dr Markus Hofmann
Coordonnées
Dr Markus Hofmann
Journaliste
Neue Zürcher Zeitung
Falkenstrasse 11
Postfach
8021 Zürich
Tel. +41 (44) 258 11 11
Fax +41 (44) 252 13 29
E-Mail: m.hofmann(at)unibas.ch
Markus Hofmann (né en 1969 à Zurich) étudie le droit à Zurich et Francfort-sur-le-Main. Après avoir occupé un poste d'assistant scientifique à la chaire d'histoire du droit et de philosophie du droit à l'Université de Zurich et avoir fait un séjour de recherche à l'Institut Max-Planck d'histoire européenne du droit, à Francfort-sur-le-Main, il obtient son doctorat en 1999 avec une thèse sur la philosophie du droit de F.W.J. Schelling. Après un stage à la radio DRS, il entre en 1999 à la NZZ en tant que collaborateur personnel du rédacteur en chef et collaborateur rédactionnel. Depuis 2003, il travaille comme rédacteur (Rubrique Suisse et Dossier/Questions d'actualité), responsable entre autres des sujets de politique sociale, de politique de l'environnement, de biopolitique, de technologies nouvelles, d'assistance au décès, de vie privée et de propriété intellectuelle. Il suit actuellement un cours intitulé « Master of Advanced Studies in Applied Ethics », à l'Université de Zurich (conclusion : mai 2009).
6. Liste des participants
Referentes
Moderation
Gen Suisse
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, case postale, 3000 Berne 14 - Tél.: +41 31 356 73 84, Fax +41 31 356 73 01
dernière changement: 2008-12-20 14:03:54